Hoshi n’a jamais caché ses blessures. Sur « Bonjour docteur », elle raconte la peur, la honte et les rêves abandonnés. Un album douloureux, mais qui laisse aussi entrevoir l’envie de vivre autrement.

« Bonjour docteur. » Deux mots presque ordinaires pour commencer à raconter des années qui ne l’ont pas été. Dans ce nouvel album, Hoshi revient sur une relation qui l’a profondément abîmée, sur la rupture, la peur, la honte et les rêves auxquels elle a dû renoncer. Elle raconte aussi la difficulté de retrouver sa place lorsque quelqu’un a occupé autant d’espace dans votre vie. Bonjour docteur est un disque douloureux, mais il laisse peu à peu entrevoir autre chose : la possibilité de vivre après.

Cela fait des années que la voix d’Hoshi nous accompagne. On l’a connue amoureuse, en colère, fragile, parfois drôle malgré les blessures. Nous avons aussi été touchés par sa sensibilité sur scène, bien avant cet album. Aujourd’hui, ses chansons prennent une dimension particulièrement intime. Dans « Santé mentale », elle raconte l’épuisement et les difficultés psychologiques. « À ta santé consentement » aborde les agressions sexuelles, la honte et la difficulté de faire entendre sa parole. Des sujets lourds, qu’elle affronte sans détour. Derrière les chansons, on mesure ce qu’il a fallu traverser pour pouvoir enfin les écrire.

Faire le deuil d’une vie imaginée

Et puis il y a « Billy et Joey ». Deux prénoms qui auraient pu appartenir à ses enfants. Ceux qu’Hoshi avait imaginés avec son ancienne compagne, dans une vie qu’elles pensaient construire ensemble. Mais lorsqu’une histoire se termine, ce ne sont pas uniquement les souvenirs qui font mal. Il faut parfois renoncer à tout ce qu’on avait prévu, à une famille qui n’existera pas, à des enfants auxquels on avait déjà donné un prénom. Comment faire le deuil de quelqu’un qui n’est jamais né ? C’est toute la douleur de cette chanson. Une absence difficile à expliquer, parce qu’elle concerne une vie qui n’a existé que dans ses pensées, mais à laquelle elle avait déjà fait une place.

Heureusement, Bonjour docteur ne se résume pas à des ballades tristes. Hoshi garde ses guitares, ses refrains et cette façon de faire chanter le public sur des textes parfois terribles. « Pleurer en dansant » en est un bel exemple. Le titre dit beaucoup de ces moments où l’on continue de sortir, de sourire, de danser, alors qu’à l’intérieur rien ne va vraiment. La colère trouve aussi sa place dans le disque, tout comme l’ironie. Ces changements de ton font du bien, même si les paroles nous ramènent régulièrement à ce qu’elle a vécu.

Et maintenant, vivre

« L’avenir d’après » apporte une autre perspective. Après avoir raconté ce qu’elle a subi et tout ce qu’elle a perdu, Hoshi ose imaginer la suite. Ce n’est pas une chanson qui efface les précédentes. Les souvenirs restent, certaines blessures aussi. Mais elle se donne enfin le droit d’envisager un avenir qui ne serait plus défini par cette histoire. Après tant de chansons consacrées à ce qui lui a été pris, l’entendre parler de ce qu’elle pourrait encore vivre nous touche particulièrement.

Nous suivons Hoshi depuis suffisamment longtemps pour reconnaître cette fragilité dans sa voix, celle qui nous avait déjà serré la gorge en concert. Sur Bonjour docteur, elle nous confie des choses que nous n’imaginions pas forcément derrière les chansons d’hier. Certaines sont difficiles à écouter, d’autres donnent envie de la retrouver sur scène pour les chanter avec elle. Et puis il reste « Billy et Joey », ces deux prénoms auxquels nous continuons de penser une fois le disque terminé. Hoshi a beaucoup perdu dans cette histoire. Cet album raconte aussi ce qu’elle essaie désormais de retrouver : sa liberté, ses envies et le droit d’être heureuse à nouveau.