Eiffel, Nouvel Album Stupor Machine

Interview : Avec Stupor Machine, le groupe de rock Eiffel sort de son long silence

Après Foule sentimentale, leur cinquième album paru en 2012 et une pause de 7 ans, le quatuor au rock énervé est de retour avec Stupor Machine, un sixième album studio qui ravira certainement les fans qui attendaient ce retour. Un retour déjà teasé par leur premier Single Cascade, disponible depuis le 23 janvier dernier, qui totalise à ce jour plus de 29.700 vues sur Youtube.

Nous sommes allés à la rencontre de cette petite bande de rockers qui est prêt à retourner 2019 de ses riffs enragés et ses textes acérés. Romain Humeau, leader et plume du groupe a bien voulu répondre à nos questions en compagnie de Estelle Humeau, les deux Nicolas (Courret et Bonnière) étant absents.

Sur la Tour Stupor Machine avec Eiffel

Vous revenez avec un sixième album en 18 ans d’existence, après Abricotine en 2001, Le Quart d’heure des Ahuris en 2002, Tandoori en 2006, À Tout Moment en 2008 et Foule Monstre en 2012, vous vous apprêtez à sortir Stupor Machine après une pause de 7 ans, pourquoi ce long silence ?

Romain : C’était un silence volontaire de la part de chaque membre du groupe, parce qu’on avait chacun des projets artistiques dans d’autres domaines, peut être depuis 2009 on s’est dit qu’on n’allait pas faire que Eiffel. La vie d’un musicien c’est pas d’appartenir à un même groupe toute sa vie. Par contre on a aucun intérêt à détruire ce groupe, on y est bien, on ne savait pas quand est-ce qu’on se retrouverait.

Estelle : On a enchainé un album, une tournée, c’est vrai que c’est beaucoup de temps passé ensemble, pendant ce moment-là on a du mal à développer d’autres choses en parallèle, parce c’est un peu compliqué. Ça fait du bien de prendre de l’air, à un moment on a tous la sensation d’aller voir ailleurs avant de revenir. Pour les gens ça paraît long, mais entre la fin de la tournée en 2013 et le moment de se retrouver en 2017, ça fait presque 4 à 5 ans où il n’y a pas eu Eiffel. Ce n’est pas si long pour un autre projet.

Romain : De 2006 à 2013, quasiment 7 ans, on a enchainé « Tandoori », « À Tout Moment », « Foule Monstre » et trois tournées. C’est vrai qu’on pourrait enchaîner tous les deux ans un album d’Eiffel, mais ce n’est pas notre mode de pensée. On se sentait plutôt comme des musiciens soit de classique ou de Diaz, qui appartenons à plusieurs projets, dont aucun n’est supérieur à l’autre. Le batteur il joue dans plusieurs groupes dont celui de Laëtitia chérif, le guitariste Nicolas Bonnière produit en studio d’autres artistes, il a joué avec moi parce que j’ai fait trois albums solos (Mousquetaire 1 et 2), Estelle pendant ce temps-là s’est remise à la musique baroque et a aussi joué avec moi sur mes albums solos. On sort un album en avril 2019, sache juste que nous on s’est réunis en mi 2017 pour en parler et on a commencé à l’enregistrer il y’a plus d’un an. Il y’a aussi tout ce travail souterrain que ne connaît pas le public et qui fait que là on a un album à proposer.

Le jour que Eiffel disparaîtra, personne ne saura qu’il a disparu, on saura juste qu’à priori on ne fera pas de disque.

Romain Humeau

Peut-on dire que vous vous êtes juré fidélité tout en gardant chacun votre liberté ?

Romain : On s’est juré fidélité dans un cadre donné qui est celui d’un album qui arrivera. Mais ce n’est pas l’album, en sortant de foule monstre on s’est dit on se retrouve à un moment donné. Par exemple sur l’album qui sort là on ne s’est encore rien juré. Peut-être on se dira dans 6 mois, c’est la dernière. Ce n’est pas une histoire de « on se quitte », je pense que Eiffel splitera jamais, spliter c’est se séparer, ne plus s’aimer, je pense que Eiffel n’est pas fait pour ça. Le jour que Eiffel disparaîtra, personne ne saura qu’il a disparu, on saura juste qu’à priori on ne fera pas de disque. Je pense que c’est la meilleure manière de pouvoir se donner l’éventualité d’en faire un derrière.

Estelle : On finit un projet, on part chacun sur nos projets et puis après on voit, si on a envie de faire un truc on le fait. Après si ça ne vient pas tout de suite, ça viendra après. Il n’y a aucune obligation. Il n’y a même pas besoin d’en parler. On peut bien se voir pour passer des vacances, mais pas forcément pour faire un album, parce que chacun est dans d’autres trucs et puis voilà.

Romain : On est plutôt dans le domaine de la pop et du rock on est 4, bass guitare batterie. Ce son-là est intéressant si on arrive à en faire quelque chose de fondamentalement nouveau en termes de narration et de discours. La nouveauté ce n’est pas de faire d’utiliser des synthés ou des boites à rythmes, ça se fait depuis 50ans. J’entends beaucoup de médias parler de ça, mais la boite à rythmes ce n’est pas nouveau, pareil pour le rap et le rock. La modernité ce n’est pas les outils mais la manière dont on les utilise. On essaie de faire quelque chose de nouveaux avec des outils très vieux, c’est très difficile, je ne sais pas si on est arrivé, on fait ce qu’on peut. Le rock est fait pour exprimer une sorte d’urgence, soit sexuelle, soit social. Il faut avoir envie de ça, là on avait envie, curieusement ce sont des chansons que j’ai terminé d’écrire il y’a 3 4 mois. L’album tombe en plein gilets jaunes, je pense qu’il y’a une résonance très particulière. La seule envie que j’aie c’est de faire des chansons qui chantent les abeilles et la jacinthe. J’aimerais tout faire, je parle seulement en termes d’écriture. Peut-être que dans 5 ans on aura encore envie de faire ça et on ne s’en privera pas.

Pochette de « Stupor Machine », le nouvel album du groupe de rock français Eiffel.

Pourquoi avoir choisi Stupor Machine comme titre ?

Romain : C’est très particulier, parce qu’il y’a un truc qui s’est déclenché, en tout cas pour moi en écriture qui vient de ma vie avec ma femme et notre vie avec notre entourage. Depuis 4 ou 5 ans, on se parle quasi quotidiennement de ce qu’on entend du monde, ce n’est pas nouveau, Mais ça a pris une importance particulièrement dans nos vies qui nous fout en demi déprime. Non pas qu’on soit un groupe de fous, mais on ressent ça chez nos amis. On est sur cette terre dont on nous dit que potentiellement c’est la fin, on ressent qu’il y’a une sorte de malaise qui vient des outils qu’on utilise. On est partout à la fois grâce aux outils de communication, mais en même temps on est partout à la fois et on n’arrive pas à comprendre le monde. Moi ça me déprime et j’ai peur.

Estelle : On a cherché un titre qui résumait tout l’album, il y’avait un mot qui était utilisé dans une chanson c’était Vertigo, sauf que ce titre était déjà utilisé par un autre groupe. Du coup on a cherché un autre titre et on a pensé à Stupor Machine le nom d’une chanson de Eiffel d’avant le premier album, qu’on jouait dans les petits bars quand on a commencé le groupe. On a tous pensé à ce nom de chanson à l’ancienne et ça représentait bien le sujet de l’album.

Durant cette pause, Romain a eu le temps de s’exprimer à travers trois albums très pessimistes sur l’avenir, qu’on ressent un peu sur ce nouvel album. Est-ce que tu l’as fait de manière délibérée ?

Romain : Oui oui, j’ai l’impression que les albums solos proposaient dans ce qu’il y’a de pessimistes étaient accolés à des choses bien plus optimistes. Je pense à Smartly Stupid qui viennent côtoyer Artichaut, je pense à Trop nul pour mourir qui est une chanson rigolote qui vient côtoyer Chercher…. Cet album est né d’une des chansons de mes albums solos, c’est un peu exagéré mais c’est quasiment ça, qui s’appelle Nippon Cheese Cake. C’est un peu comme si Stupor Machine était le bébé de cette dernière, donc tu as tout à fait raison, chassez le naturel il revient au galop. Sauf qu’il me semble que Stupor Machine 70 à 90% du temps ce qui est à entendre est assez pessimiste. Tandis que les autres albums sont plus homogènes, le but sur Stupor Machine est de faire valoir les 20% qui restent, qui sont des chansons d’amour. Ce qui nous importe, enfin pour moi, ce sont les chansons ChoCho, chasse spleen, ne rien à craindre… qui sont des chansons tendres et aimantes. Les plus belles fleurs poussent sur un tas de merde. Je pense qu’il fallait faire des chansons qui soient un bon tas de merde comme big data ou hôtel borgne pour faire pousser Chasse spleen. C’est pour les exalter, les faire ressortir, leur donner de l’importance. Je pense que c’est ça le but sans préméditation, je me rends compte qu’il y’a vraiment de ça, si on sent un peu de tendresse dans toute l’écoute de la chanson Terminus.

Comment on choisit le premier Single ?

Estelle : Parfois ce n’est pas nous, on oriente un peu, mais plutôt la maison de disque qui est mieux placée. Avec Cascade, on sentait que ça pouvait être intéressant pour que les gens se retrouvent sur ce qu’on faisait déjà avant. C’était plutôt pour les radios rock, ça sortait avant le premier vrai Single.

Chasse spleen est une chanson d’amour perdu dans ce décor ténébreux ?

Romain : Complètement, c’est un peu toi et moi au fin fond des temps. Je t’aime ici, e t’aime avant, des choses assez simples, purs avant mais qui côtoie « le monde est fou, bien moins que nous ».

J’aimerais vieillir très vite dans la musique, parce que je pense que je serai meilleur pour écrire des chansons. J’aimerais à 80 ans écrire un album je suppose qu’il sera meilleur que tous les autres.

Romain Humeau

Le fait de vieillir dans le monde de la musique est-ce que ça vous fait peur ? Vous en parlez justement dans votre prochain album ?

Romain : Non, après chacun répondra comme il veut, je suis comme tout le monde, j’ai peur de la mort et je l’ai toujours évoqué dans mes chansons, là j’ai 47 ans je l’ai évoqué quand j’avais 20 ans. Je n’ai pas peur de vieillir, c’est vrai qu’à partir d’un moment ça devient compliqué (Rire). J’aimerais vieillir très vite dans la musique, parce que je pense que je serai meilleur pour écrire des chansons. J’aimerais à 80 ans écrire un album je suppose qu’il sera meilleur que tous les autres. Le problème de l’être c’est son fond mélancolique dû à la conscience qu’il sait qu’il va mourir.

Estelle : j’ai l’impression qu’on a appris que d’une certaine manière, les personnes plus elles vieillissaient, plus elles s’ouvraient sur le monde, elles avaient une connaissance de plus en plus épaisse de l’univers qui les entoure et que ça rendait la vie encore plus intéressante. C’est plutôt beau de vieillir, après dans le monde dans lequel on est on a l’impression que plus on avance, moins on comprend ce monde qui nous entoure. Du coup ça gâche l’idée de vieillir, on se dit jusqu’à où ira la connerie, alors que ça doit être beau de vieillir.

le Quatuor Eiffel : Estelle, Romain et les deux Nicolas.

le Quatuor Eiffel : Estelle, Romain et les deux Nicolas.

Cette ouverture vient de vos multiples concerts dans différents pays ?

Romain : tu as raison, pour ma part le fait de vivre avec quelqu’un est une ouverture sur le monde, le fait de te rencontrer est une ouverture sur le monde.

Estelle : le fait de rencontrer des gens, d’aller en Bretagne, en Belgique, de voir les différentes réactions des gens en fonction des régions. C’est une chance qu’on a par rapport à une personne qui est tout le temps dans la même entreprise. C’est une chance qu’on a de côtoyer des gens à la fin des concerts

l’attente du public se fait-elle ressentir ?

Romain : En partie, on préfère se dire qu’on recommence à zéro, surtout au bout de 5ans d’absence. On ne peut pas attendre de ceux qui nous ont aimé qu’ils nous aiment encore, on ne peut pas leur demander ça, c’est à eux de voir. On peut aussi s’attendre que ceux qui ne connaissaient pas aiment et comme on ne considère pas le public ou les médias comme une cible, on est plus dans un vrai échange humain. On s’attend à rien, après on ressent des choses, on ressent qu’il y’a des fans hardcore qui nous suivent toujours par le prisme des réseaux sociaux. Ce qui pourrait être à souhaiter c’est qu’il y ait une nouveauté là-dedans, que ceux qui nous ont aimé soient surpris. Ça me ferait plaisir de jouer devant notre génération, mais aussi des jeunes. Je ne comprends pas les gens qui nous disent que vous avez une cible, les gens de 35 ans. Je trouve ça cool de pouvoir s’adresser à tout le monde.

Un artiste est un filtre par rapport au monde qui l’entoure, le nôtre est politique, mais on n’a jamais voulu défendre un discours politique précis.

Estelle Humeau

Faire du rock en 2019 c’est prendre plaisir à se faire peur ?

Romain : Il y’a un peu de ça, c’est très risqué, pourquoi ? Parce que les médias ont tendance à penser Marque. Comment veux-tu qu’un groupe dont l’âge moyen est de 47ans, intéresse sur le papier ? On ne peut intéresser que par nos propos, notre musique. On ne peut pas intéresser par nos gueules, mais par ce qu’on fait réellement, dont nos propos sont artistiques. Mais c’est sans compter sur une forme d’intelligence du public.

À quel niveau vous situez-vous, puisque vous dites que votre album n’est pas un discours politique ni un appel à s’engager ?

Estelle : il y’a eu un moment au début de Eiffel où on refusait de mélanger la musique et l’engagement politique, et puis ça a changé. Un artiste est un filtre par rapport au monde qui l’entoure, le nôtre est politique, mais on n’a jamais voulu défendre un discours politique précis. Parce qu’on n’est pas formé pour ça et on risque de dire de grosses conneries (rire). Par contre de dire comment on ressent le monde autour ça nous paraît important parce que tout le monde en parle et c’est bien de confronter tout cela. Romain a sa manière d’en parler c’est de l’écrire dans les chansons et nous notre façon de le porter c’est de jouer ces chansons. On est à la fois politique et apolitique, on a aucune revendication et aucun message.

Romain : c’est un mélange de critique social d’un côté et un allant poétique de l’autre côté. Ça ne m’intéresse absolument pas de chanter les choses telles qu’elles sont, il faut chanter le ressenti des gens.

Eiffel à la Cigale le 14 novembre 2019

Eiffel à la Cigale le 14 novembre 2019

Vous annoncez une date pour la Cigale en novembre prochain, comment vous la préparez ?

Romain : Pour l’instant on ne l’a pas préparé. L’autre jour je me suis habillé pour la Cigale on m’a dit que c’était trop tôt (rire). En fait ce qui est vrai c’est qu’on va avoir beaucoup de concerts avant qui vont nous préparer pour la Cigale. Mais je ne te pas qu’on a intérêt à être prêts pour les premiers concerts qui commencent le 3 mai en Belgique.

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour ce retour ?

Estelle : Que l’album arrive jusqu’aux oreilles des gens, c’est le plus difficile.

Romain : C’est ce qu’il y’a de plus compliqué, dans le monde dans lequel on vit, celui de l’hyper communication, pour les artistes c’est ce qu’il y’a de plus difficile. Le net est sursaturé, pour se faire entendre il faut payer, c’est super compliqué de bosser ainsi. Alors qu’il y’a d’autres manière de bosser, tu peux juste mettre des affiches dans la rue et le tour est joué.

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