Qu’en restera-t-il ? est le titre du nouvel opus de Tim DUP disponible depuis le 10 janvier dernier, un 2ème album que nous avons pris plaisir à décortiquer, vingt-sept mois après la sortie de sa « Mélancolie heureuse »

Tim Dup est avant tout, pour moi, un coup de cœur. Un artiste qui est arrivé dans ma vie comme on tombe en parachute. Un soir de février 2019, les Victoires de la Musique en fond sonore : une voix, quelques notes de piano. Le temps s’est suspendu, j’ai arrêté tout ce que je faisais et déconnecté mon mental par la même occasion, me suis assise, bouche bée, devant la télévision, ensorcelée par la prestation du jeune artiste interprétant son titre « Les ourses polaires » en piano-voix. À la fin de la chanson, il m’a fallu quelques minutes pour revenir à moi, mon mental écrasant mon cœur à coups de : « Mais tu n’écoutes pas ça toi ! Ce n’est pas ton style ! Laisse tomber ! ».

J’ai laissé reposer ces émotions quelques temps. Une quinzaine de jours plus tard, mon cœur me dicta d’écouter « Mélancolie Heureuse« , le premier album de Tim. J’ai été saisie par les contrastes et une certaine violence, en opposition avec la douceur de la voix et l’apparence physique calme et gentille du jeune homme. J’aime les ascenseurs émotionnels et ceux que j’ai trouvé dans ce disque m’ont incité à renouveler l’écoute encore et encore, pour enfin accepter l’évidence : « Oui, cet artiste est bien pour moi ».

Quelques petites choses à savoir pour commencer. Tim Dup (nom de scène né de l’abréviation de ses noms et prénoms Timothée Duperray) revendique plusieurs influences : le Classique, à l’évidence, mais aussi le Hip Hop et l’Electro. Sa voix est magnifique au chant mais se pose également joliment sur certains titres dans un phrasé rythmé que je comparerais au slam. Il trafique aussi quelques fois sa voix au vocoder, c’est moins ma came, mais il faut faire avec.

Le deuxième album de Tim Dup « Qu’en restera-t-il ? », est sorti le 10 janvier dernier. Que restera-t-il de cet album ? Que restera-t-il de notre monde, de notre terre, de notre civilisation ? La question peut être interprétée de diverses manières. Comme pour le premier album, cet opus fait la part belle aux contrastes et à une certaine dose de violence qui semblent, d’ores et déjà, s’imposer comme étant la marque de fabrique du jeune artiste.

Le livret du CD mérite qu’on lui consacre quelques lignes. Il présente d’autres facettes de l’artiste : quelques courtes nouvelles et de jolies photos (le tout réalisé par Tim, lui-même) côtoient les textes des chansons, et complètent ainsi l’univers posé par les 13 titres de cet album. A une époque où la musique se consomme essentiellement en streaming, ce petit livre, œuvre d’art à part entière, représente une vraie valeur ajoutée et devrait motiver le public à acheter l’album en physique pour une perception complète de son aura.

Pour moi, un album, c’est comme un livre, on tourne les pages une à une. Aussi décrirai-je, dans l’ordre, les 13 titres qui composent ce disque.

Qu’en reste-t-il après avoir écouté les 13 pistes ?

« Après Eux » a la lourde tâche d’introduire l’histoire. Si l’ambiance du morceau est compliquée à apprivoiser pour moi (électro répétitive et voix vocodée), son texte pose les bases de ce que je perçois comme étant le fil rouge de l’album : l’avenir de notre monde, la conscience que la jeunesse actuelle peut en avoir et l’envie de conserver une certaine insouciance. « Le visage de la nuit » nous invite à monter le volume sonore au maximum pour nous installer dans cette bulle où cohabitent apocalypse et harmonie, et nous pousse irrésistiblement à osciller doucement de la tête sur ce rythme envoûtant.

La douce « Une autre histoire d’amour » avec son intro féerique, puis agrémentée de la voix de Flore Benguigui (du groupe « L’impératrice ») sur le dernier refrain, est inspirée d’une rencontre amoureuse manquée lors d’un voyage de Tim au Japon. J’aime à imaginer que cette chanson puisse donner suite à une histoire de type « conte de fée » : la jeune fille du japon se présentant devant Tim lors d’un concert avec un regard franc indiquant : « Coucou c’est moi la fille du temple Ginkaku-ji » (comprenne qui aura lu le livret du CD).

La très aérienne « Aventure » qui (selon mon interprétation personnelle) aborde le sujet du deuil, fait place au titre le plus dur pour moi de cet album : « Songes ». Son texte très sombre écrabouille sans détour mon cœur de maman qui s’interroge régulièrement sur ce choix d’avoir donné la vie dans un monde qui semble sur le point de s’écrouler. A mon sens, l’atmosphère musicale de ce titre est la plus réussie. L’ambiance s’alourdit progressivement tout au long de cette chanson pourtant assez courte (2 :24) et se termine dans une explosion de sonorités électro qui conclut une interprétation vocale particulièrement hargneuse et habitée. On est bien loin de l’image que je me faisais du petit Tim Dup lorsque je l’avais découvert en piano voix et ce n’est pas pour me déplaire.

« Place Espoir » renoue justement avec mes sensations du début : douce, poétique, positive, elle vient à point nommé pour me redonner quelque confiance en l’humanité. « Porte du Soleil » arrive alors, duo aussi beau qu’étonnant avec le rappeur Gaël Faye pour lequel Tim Dup avait déjà affirmé son admiration. Une partie parlée, les deux artistes à tour de rôle, suivie d’une partie chant. Cette dernière, inattendue, où se mêlent les voix des deux interprètes : celle de Gaël dépose un lit de feutrine sur lequel viennent s’installer les notes vocales de Tim, pour offrir une très jolie sonorité que je n’aurais pas pu anticiper, moi, pourtant grande admiratrice des deux chanteurs.

Clip officiel « Place espoir », Tim Dup

« Rhum coca » me réconcilie, au moins le temps d’une chanson, avec le vocoder, je dois bien reconnaitre que cette douce résonance met bien en valeur la voix de Tim. Ce titre s’est rapidement affirmé comme étant mon préféré de l’album : j’aime autant les nombreuses idées contradictoires dans le texte que la construction brumeuse et élastique de la chanson. J’y retrouve les sensations de ces moments où, étudiante, j’errais ivre dans la solitude après avoir passé ma soirée à espérer être remarquée, à l’encontre de mon tempérament plutôt discret. Je ressors de chaque écoute de ce titre avec un doux sourire bienveillant à l’égard de moi-même plus jeune.

« Refuge » nous emmène loin de nos habitudes, à la recherche de l’émerveillement que l’on avait connu à travers nos yeux d’enfant ; impressions et émotions soutenues par le jeu de trompette de Guillaume Poncelet, musicien-compositeur, acolyte de Gaël Faye depuis toujours. « Je te laisse » mêle cordes et notes de piano pour aborder, avec une étonnante maturité, le thème de l’héritage, de la transmission. L’amour, la bienveillance, le respect, l’espoir et la lumière semblent être les plus grandes richesses que nous puissions transmettre à nos enfants, dans un monde qui tend à s’assombrir et s’endurcir.

« Pertusato » fait partie des pépites de cet album : le magnifique refrain en bonifacien (dont j’ai cherché, en vain, la traduction) s’alterne de deux couplets. Le premier assez dense, géométrique, le second plus éthéré, vaporeux. Je ne sais si cet effet est voulu, mais je ne peux me défaire, depuis la première écoute, de cette sensation contrastée entre les deux parties.

Le presque instrumental « Qu’en restera-t-il ? », titre éponyme de l’album, laisse la question en suspens. « Vendredi soir » jour de fin de semaine, conclut naturellement cet album. Une jolie prose poétique, soutenue par quelques notes de piano toutes simples, décrit les petites choses simples de la vie, avec un accent plus marqué sur les aventures amoureuses d’un soir. J’aime ce titre qui ne sonne pas comme une fin et donne une saveur particulière au silence qui s’en suit.

Alors ?

Dans la continuité de « Mélancolie Heureuse », ce deuxième album offre un panel d’ambiances musicales assez diversifié, alternant mélodies douces et morceaux plus énergiques et rythmés, mettant en valeur une notion de contraste chère à l’artiste. Les phrases poétiques, photographiques, voire cinématographiques, invitent notre imaginaire à créer formes et couleurs. Le sens des textes entraîne à l’introspection et au questionnement sur le sens de notre vie ici-bas. A écouter deux fois d’affilée, à la demande de son créateur.

Plus d’infos

Qu’en restera-t-il ? le nouvel album de Tim DUP disponible depuis le 10 janvier 2020.

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