Après Trop tôt ou trop tard, premier EP encore teinté de soul acoustique, Liquid Jane revient avec On a passé le pire, un projet plus dense, plus intérieur, traversé par les absences, les tensions et ce besoin d’avancer malgré tout.
Sur la pochette de On a passé le pire, le visage de Liquid Jane apparaît à moitié effacé derrière un voile flou. Comme un reflet qu’on essaie de retenir. Quelque chose de doux, mais déjà en train de disparaître. Difficile de ne pas y voir le reflet de ce nouvel EP. Depuis ses débuts en solo en 2023, Jeanne avance sans bruit, en laissant ses chansons parler à sa place. Cette fois, tout paraît plus frontal et plus assumé aussi.
L’auteur de ces lignes espérait assister à la release party organisée le 21 mai dernier. Le départ pour Art Rock, à Saint-Brieuc, en a décidé autrement. Ce n’est que partie remise. Deux concerts ont déjà suffi pour comprendre que Liquid Jane vit ses morceaux autant qu’elle les chante. Et ce nouvel EP garde cette sensation-là : celle d’une parole encore très intime, mais moins retenue qu’avant.
Avancer dans le flou
« Cœur cassé » ouvrait déjà la porte en février dernier, dans une chambre blanche pleine d’absence. « Le Jeu » allait plus loin dans quelque chose de plus trouble. « La mort semble être un jeu, elle nous porte tous les deux. » Quelque chose s’était déjà déplacé.
Puis arrive « Les âmes » et ce solo de batterie qui ouvre le morceau pendant quelques secondes, seul. Une entrée presque sèche avant que la voix de Liquid Jane ne revienne poser ses mots fatigués sur les relations qui usent, les départs qui ramènent toujours au même endroit. « J’ai parfois envie de crier fort sur quelques âmes. » Derrière elle, une autre voix apparaît par moments, comme un souvenir qui refuse de partir. Tout l’EP semble traversé par cette peur de voir les choses s’effriter, même quand on continue d’aimer.
Le dernier morceau, « On a passé le pire », laisse une drôle de sensation. Entre l’épuisement et le soulagement. « Pourquoi le cadran tourne si vite ? » demande-t-elle avant de répéter le titre encore et encore, comme une phrase qu’on se répète pour tenir debout. Puis cette image : « Je ne reconnais plus personne au concert, je crois que j’ai fini le jeu. » Difficile de ne pas y voir un écho à tout ce qu’elle raconte depuis le début de ce projet : l’amour, la dépendance, les souvenirs qui collent à la peau.
Quatre morceaux pour douze minutes. Une écoute courte, mais qui laisse derrière elle une drôle de trace. Peut-être parce que Liquid Jane ne cherche jamais à tout expliquer. Elle laisse les émotions là, sans chercher à les arranger. Fragiles, contradictoires, encore vivantes.
