Après « True Punks », Thérèse revient avec « Bad Mum », un titre aussi drôle que frontal sur la pression sociale faite aux femmes.

Après « True Punks », Thérèse poursuit sa nouvelle ère avec « Bad Mum », un single pop/hip-hop/R&B dévoilé à l’approche de la Fête des Mères. Un timing loin d’être anodin pour ce morceau qui démonte avec humour, sarcasme et beaucoup de lucidité les injonctions liées à la maternité et le regard que la société projette sur les femmes, qu’elles aient des enfants ou non.

Chez Thérèse, les sujets les plus sensibles passent rarement par le manifeste frontal. Comme dans « Chinoise ? », « Toujours Trop » ou « Industrie BB », l’humour sert ici à « se foutre à poil tout en se protégeant un peu ». Une manière, dit-elle, de poser « des questions sociétales pas hyper confortables » sans fermer la discussion. Et « Bad Mum » avance exactement sur cette ligne de crête : drôle, absurde, presque euphorique par moments, tout en laissant constamment apparaître une violence plus sourde.

Échapper à un destin pré-écrit 

« Thank god, I’ll never be a bad mum », répète-t-elle comme une punchline libératrice sur un beat produit par Adam Carpels. Mais derrière cette ironie se cache un cheminement beaucoup plus complexe. Dans ses réponses, l’artiste raconte onze années de réflexion, entre découverte de sa polykystose, pressions liées à « l’horloge biologique », relations amoureuses, transplantation en 2022 et crises d’angoisse au moment d’envisager une grossesse. Jusqu’à cette réalisation récente : « cette non-maternité que je pensais subie est devenue pour moi un vrai choix conscient mais aussi très joyeux. »

Le morceau dépasse ainsi largement la seule question de la non-maternité. Pour Thérèse, il s’agit surtout « d’échapper à un destin pré-écrit pour les femmes ». Être « bonne », entrer dans les normes, devenir mère au bon moment, vieillir correctement : « la société attend tes rides, que ton ventre s’arrondisse, la baby shower, ton devoir de réarmement et ta péremption », résume-t-elle avec son mélange habituel de gravité et de dérision.

Une pop horrifique sous les paillettes 

Cette tension irrigue aussi le clip réalisé par Choblan (Marie-Laure Blancho), véritable ovni pop horrifique et foutraque. Filmée sur fond rouge en mode vertical, Thérèse apparaît entourée de visages de bébés qui envahissent progressivement l’écran. Tantôt perchée sur une tête d’enfant dans un décor noir quasi cosmique, tantôt retenue par des cordes rouges comme une marionnette, elle traverse un univers hybride entre collage numérique Y2K, sorcellerie pop et théâtre grotesque. Les bébés deviennent moins des symboles de maternité que des projections omniprésentes collées au corps féminin.

Thérèse ne tourne jamais la maternité en ridicule et parle même des mères avec énormément de tendresse. « Je pense que c’est le job le plus difficile au monde », explique-t-elle. Le titre lui-même fonctionne comme une réappropriation ironique : de la même manière que certaines femmes ont transformé l’insulte « bitch » en symbole d’émancipation, elle revendique ici la possibilité d’être une « bad mum » au sens où la société considère constamment les femmes comme de mauvaises mères ou de mauvaises femmes, quoi qu’elles fassent.

Sous ses punchlines assassines, « Bad Mum » est donc moins un morceau sur le refus de maternité qu’un morceau sur la liberté de choisir sa propre manière d’aimer, de transmettre et d’exister. « J’sais aimer de mille façons, deux mille, trois mille façons », chante-t-elle. Une phrase qui résume sans doute le mieux cette pop profondément politique, mais toujours traversée par la douceur, le chaos et le second degré.