Entre les barbelés, les terrils et les nuits de rage, Nord//Noir a construit un univers à part. Avec Fait d’amour, le duo calaisien signe un premier EP où la colère, l’amour et la résistance avancent ensemble.

On les avait quittés au Crossroads au milieu des stroboscopes, des cris et d’une fosse en ébullition. Ce soir-là, Nord//Noir avait transformé la fin de soirée en exutoire collectif. Derrière leurs masques, Nico et Yann nous parlaient surtout d’idées. De ce qu’ils avaient besoin de dire. De cette envie de créer une musique capable de porter des colères, mais aussi de rassembler.

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Quelques mois plus tard, le duo calaisien dévoile enfin Fait d’amour, un premier EP qui ressemble à ce qu’il est depuis le début : un projet qui refuse de choisir entre la rage et la tendresse, entre le poing levé et le cœur ouvert. Car si Nord//Noir est souvent présenté comme un groupe engagé, ce disque rappelle surtout qu’il est profondément humain. Derrière les kicks gabber, les synthés froids et les refrains scandés comme des slogans, il y a aussi quelque chose de plus vulnérable : l’envie de préserver une forme de tendresse dans un monde qui en manque parfois cruellement.

Je suis fait d’amour

Le morceau d’ouverture, qui donne son nom à l’EP, pose immédiatement les bases de ce qui va suivre. Là où beaucoup choisiraient le cynisme, le duo préfère une affirmation d’une simplicité désarmante : « Ouais, je suis fait d’amour. » Le mantra revient sans cesse, comme un fil rouge au milieu de l’orage. Une manière de rappeler que la révolte n’est pas forcément incompatible avec la douceur. Sur « Natacha », le duo revient à Calais, sa ville, son point de départ et sa blessure. Une ville où les grillages ont remplacé les arbustes et où les drames humains finissent parfois noyés sous les grands projets de communication. Sans jamais détourner le regard, Nord//Noir dessine les contours d’une réalité que beaucoup préfèrent ignorer. C’est l’un des morceaux les plus ancrés dans ce territoire qu’ils aiment autant qu’ils rêvent parfois de quitter.

Puis vient « Pas mort », que nous avions eu la chance d’entendre au Crossroads avant sa sortie officielle et que nous avons chroniqué dans nos colonnes en février dernier. Depuis, son refrain continue de résonner comme un battement de cœur obstiné. « Tu vois bien que j’suis pas mort. » Tout le morceau repose sur cette idée simple : tenir. Continuer malgré les coups, malgré les échecs, malgré l’épuisement. Une lutte intime qui devient collective dès lors qu’elle est reprise en chœur par une salle entière.

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Avec « L’amant de Bolloré », le duo retrouve son goût pour la satire et l’ironie mordante. Le morceau s’attaque aux mécanismes de domination médiatique et à la banalisation des discours réactionnaires. On y retrouve l’esprit irrévérencieux des Bérurier Noir ou de Sexy Sushi, revendiqués parmi les influences du duo. Derrière l’humour noir et les provocations assumées se dessine surtout une inquiétude bien réelle face à l’époque que nous traversons. Et puis arrive « Majorette », sans doute le morceau le plus inattendu de l’EP. Produit par Paul Seul, ce titre apporte une respiration nouvelle dans l’univers du duo. On y retrouve les majorettes déjà aperçues dans leur imaginaire visuel, mais surtout une déclaration d’amour à celles et ceux qui refusent les cases et les injonctions. « Les sirènes sont des hommes, les marins sont des femmes. »

Après avoir traversé les fractures sociales, les violences politiques et les colères intimes, Nord//Noir choisit de terminer sur une ouverture. Pas une promesse de jours meilleurs. Plutôt l’idée qu’il reste encore des espaces à inventer. C’est sans doute ce qui rend Fait d’amour si singulier. L’EP regarde son époque en face sans s’y résigner. Il transforme la frustration en mouvement, la mélancolie en fête et laisse entrevoir, au milieu du vacarme, quelque chose qui ressemble encore à un horizon. Comme un orage qui éclate au-dessus de nos têtes.Violent. Nécessaire. Et étrangement beau.