Chaque année, We Love Green propose une programmation éclectique, à la fois alignée sur les tendances du moment et nourrie d’un délicieux esprit de nostalgie. Pour couvrir cette édition 2026, nous avons dû faire des choix (même si on aurait adoré assisté à chaque concert programmé). Concrètement, nous avons consacré le vendredi à La Prairie, la scène principale, le samedi à la scène de La Clairière, et dimanche, c’était carte blanche ! On a décidé de se balader sur l’ensemble du site, au gré des concerts et des découvertes qui ont piqué notre curiosité. Retour sur notre sélection de cette année !

JOUR 1 : La Prairie

Luvcat

Luvcat, qu’on avait découvert à Rock en Seine l’année dernière, ouvre ce premier jour de festival en beauté. Dès les premières notes, elle nous plonge dans son univers, quelque part à la croisée du romantique et du gothique. Un des musiciens porte même une cape de vampire : on a l’impression de célébrer Halloween aux prémices de l’été, une fête que l’artiste affectionne particulièrement… Mais pas autant que Paris ! Luvcat ne manque pas de déclarer son amour pour la capitale, indéniablement sa ville préférée pour jouer. Toujours aussi envoûtante et pétillante, elle interprète ses titres les plus emblématiques (« The Kazimier Garden », « He’s My Man »…), mais aussi son dernier single dévoilé en mai : « Electric Chair ». Là, c’est le coup de foudre (sans mauvais jeu de mots). On croise les doigts pour la revoir parmi les têtes d’affiche des prochains festivals, en tout cas elle le mérite ! 

Feu! Chatterton

Changement d’ambiance avec Feu! Chatterton, qui investit la scène avec une intro instrumentale épique qui fait monter la tension. Le sourire aux lèvres et une bonne humeur contagieuse, Arthur Teboul nous emporte dès son arrivée. Dans ce joyeux chaos, une parenthèse émotionnelle vient suspendre le temps : « Mille vagues », en hommage à Jean-Philippe Allard, ami, manager, et « mentor » du groupe, disparu en 2025. Cette chanson pour les absents, empreinte de deuil et de fragilité, nous fait passer du rire aux larmes. Puis les festivités reprennent. Sur « Un Monde Nouveau », Arthur rejoint le public pour chanter en chœur, avant de se laisser porter par la foule qui reprend chaque parole à l’unisson. L’alchimie qui unit les membres de Feu! Chatterton entre eux, mais aussi avec le public, transforme ce concert un souvenir inoubliable. 

Gorillaz

Vient le temps fort de la soirée : Gorillaz, pour leur unique date parisienne. Un concert que tout le monde attendait, et qui a dépassé nos attentes. Le set s’ouvre sur « The Mountain », presque cinq minutes purement instrumentales et divinement immersives, qui, aussi apaisantes soient-elles, ne font que nourrir l’excitation du public face à l’arrivée de Damon Albarn. Vêtu d’un treillis militaire, d’un béret rouge et d’un pin’s Che Guevara, sa tenue suffit à elle seule à rappeler la dimension engagée et critique de Gorillaz face à notre monde contemporain. Après tout, c’est précisément pourquoi on aime tant ce groupe : de la bonne musique, à la fois riche, assumée, et consciente des enjeux écologiques et socio-politiques actuels. Après l’exceptionnel « On Melancholy Hill », qui a suscité autant d’émotion que de nostalgie, une ribambelle d’invités se succède pour prendre le micro aux côtés de Damon Albarn. D’abord Kara Jackson sur « Orange County », puis Fatoumata Diawara sur « Désolé », Bootie Brown sur « Stylo » et « Dirty Harry », Omar Souleyman sur « Damascus », et enfin Posdnuos sur l’iconique « Feel Good Inc. ». Une diversité culturelle qui colore les projets de Gorillaz depuis ses débuts, et qui se révèle d’autant plus vibrante en live. Tout au long du show, Damon entretient une véritable connexion avec le public et ses guests, toujours un petit sourire au coin des lèvres. On aurait aimé entendre « Dare » ou encore « She’s My Collar » en featuring avec Kali Uchis, dont les quelques performances live font encore parler d’elles aujourd’hui sur les réseaux sociaux. Mention spéciale au bassiste du groupe, Seye Adelekan, qui nous a conquis par son sourire et son énergie débordante : il a su nous maintenir en ébullition du début à la fin grâce à sa présence scénique électrisante. Bref : le concert de Gorillaz était un 10/10.

Little Simz / Yoa

S’il était prévu de rester devant la grande scène pour le concert de Little Simz, impossible de passer à côté du set de Yoa, un peu plus loin… On voulait simplement jeter un œil, et finalement on y est restés. Quel show ! Entre costumes, chorégraphies, et une aura de star qui force le respect et l’admiration, on a bien fait d’aller la voir sur scène. Yoa, c’est des textes personnels, authentiques et assumés, un vent de fraîcheur sans compromis, et ça fait du bien. C’était aussi l’occasion d’écouter en live ses derniers singles « Moi » et « Yao ». Si on a tout donné pour danser à ses côtés, il nous restait tout de même un peu d’énergie pour retrouver Little Simz, qui nous en a aussi mis plein la vue. La jeune rappeuse londonienne a offert une performance maîtrisée, avec un flow unique et un look extravagant qu’on a adoré !

JOUR 2 : La Clairière

Erin Lecount

La scénographie d’Erin Lecount nous plonge dans une forêt mystique, presque fantastique. Elle arrive sur scène telle une fée, et on comprend qu’on s’apprête à vivre un concert onirique, teinté de délicatesse et de magie. D’une sincérité désarmante, elle aborde des sujets intimes comme les ruptures amoureuses, les relations queer, mais aussi des expériences universelles comme le fait de rentrer seule chez soi en tant que femme avec « 808 Hymn ». Ce titre, emblématique de sa discographie, a d’ailleurs eu droit à un passage en français, appris spécialement pour cette date. Erin vit chaque chanson intensément, et n’a pas peur de regarder le public droit dans les yeux. Cette proximité qu’elle crée permet d’amplifier la portée émotionnelle de ses textes, et on oublie très vite les quelques problèmes techniques qui paraissent désormais superflus. La chanteuse nous explique qu’elle essaie d’injecter de l’amour dans chaque morceau, de l’écriture à la composition, avant de brandir fièrement le drapeau lesbien tendu par le public, pour célébrer le Pride Month.

Disiz

Après un moment aussi fort, on s’attendait à prolonger l’émotion avec Disiz. Malheureusement, c’est un acte manqué. Le concert s’est déroulé comme il devait se dérouler, avec des titres viraux comme « Rencontre » et « Melodrama » que le public a chanté haut et fort. Pourtant, on a eu du mal à se mettre dedans, du moins jusqu’au dernier titre qu’il dédie à sa fille : là, on retrouve le Disiz qu’on aurait aimé voir dès le début. Pour autant, sa performance avec Theodora, quand il l’a rejoint quelques heures plus tard sur la scène principale, a rattrapé le coup, et nous a rappelé pourquoi on aime cet artiste !

Oklou

Après un concert annulé à cause de la pluie il y a quatre ans, Oklou prend sa revanche à We Love Green. Devant la scène, une foule se rassemble, impatiente de revoir l’artiste après l’immense succès de Choke Enough. D’abord la torche à la main, puis une flûte à bec luminescente, elle intrigue d’emblée et nous plonge dans son univers à la fois éthéré et digital. Entre ombre et lumière, sa scénographie reflète les thématiques qui traversent ses projets, et offre un show visuel exceptionnel. L’artiste poitevine interprète ses classiques : « Harvest Sky », « Blade Bird », « God’s Chariot »… Et bien sûr, son titre préféré : « Obvious ». Au cours du concert, une « ok-love cam » filme le public avant de s’arrêter sur Theodora dans les coulisse, un clin d’œil à son Zénith parisien où elle avait invité Oklou en guest surprise. On croisait les doigts pour l’apparition de Fka Twigs avec qui elle a collaboré sur « viscus ». Dommage. Le set se termine sur une note douce-amère, quand elle nous annonce qu’il s’agit de son dernier concert en France « jusqu’à nouvel ordre».

Hayley Williams

Après Oklou, une autre figure féminine iconique prend la scène, mais d’un tout autre registre musical : Hayley Williams. En tournée pour son album solo Ego Death at a Bachelorette Party, la frontwoman de Paramore a choisi We Love Green comme unique date française. Un concert très attendu par sa fanbase, qui n’a pas manqué de lui faire savoir. Émue par le soutien du public, elle renomme d’ailleurs sa chanson « Dream Girl in Shibuya » en « Dream Girl in Paris », pour le remercier. Hayley Williams est indéniablement une bête de scène : à l’aise et décomplexée, elle s’amuse et vit ses chansons à fond, se laissant entraîner par sa propre musique. Une femme libre, inspirante et indéniablement talentueuse qui a prouvé son statut d’icône dans la scène pop rock alternative. Le set s’achève de façon cathartique avec « Parachute », le public hurlant les paroles à ses côtés, un lâcher prise qui soigne les blessures au cœur, et nourrit notre envie d’une véritable date parisienne hors festival.

JOUR 3 : Carte blanche

Marina

Devant la scène, une ribambelle de diadèmes et de rubans parmi les festivaliers : force est de constater que Marina était attendue de pied ferme. Cette date parisienne s’inscrit dans le cadre de sa tournée des festivals, un passage qui nous laisse espérer une future tournée européenne pour son album Princess of Power. D’une grâce incomparable, elle arrive sur scène en interprétant le titre éponyme de ce nouveau projet. Plus le concert avance, plus son évolution d’un point de vue artistique et personnel est évidente : on retrouve une Marina plus mature, affirmée, et alignée. Cette sérénité rayonnante est inspirante, presque un symbole d’espoir quand on connaît son parcours et les sujets traités dans ses anciens projets. Si elle apparaît donc plus assurée, elle reste toujours aussi espiègle et théâtrale, des qualités qui ne l’ont jamais quittée. En à peine une heure, elle balaye les titres iconiques de sa discographie, de « Hermit the Frog » à « CUNTISSIMO » en passant par les incontournables « Primadonna », « Froot »… Et même un mash-up de « METTALIC STALLION » avec « Hung Up » de Madonna. Marina nous a offert une véritable épopée lumineuse, entre nostalgie et renouveau, teintée de l’esprit camp qu’on aime tant chez elle.

Danyl

Danyl fait partie de ces artistes capables d’ambiancer les foules, aussi importantes soient-elles, d’un claquement de doigts. Avec une planète en format XXL dans le décor, son set se veut fédérateur, avec un objectif clair : rassembler le public autour d’une musique authentique, humaine. Entre cette énergie chaleureuse et l’étonnant soleil de cette dernière journée de festival, on se croirait déjà en été. Au cours du set, il invite sur scène Kulturr pour nous présenter un titre en exclusivité, et c’est un coup de cœur instantané ! Tout le monde est conquis et n’attend qu’une chose : la sortie de ce featuring qui s’inscrit comme un futur hit de l’été, justement ! D’autres temps forts étaient particulièrement marquants, comme la reprise retravaillée de « Alors On Danse » de Stromae… Et surtout le morceau qui conclut le concert : « BROUILLON ». Danyl est rejoint par son équipe et ses proches pour danser, dont Ino Casablanca qui avait déjà fait une apparition plus tôt pour le concert d’aupinard. On termine donc sur une impression très positive de ce show.

Ethel Cain / Rusowsky

Avec ces deux artistes programmés sur le même créneau, on a dû couper la poire en deux et voir trente minutes de chaque. On commence par le concert aérien et envoûtant d’Ethel Cain, qui parvient toujours à suspendre le temps avec sa voix délicate et habitée. Telle une figure mystique, presque irréelle, elle apparaît parmi les hautes herbes de son décor marécageux tout droit sorti de ses clips vidéo. Le set commence avec l’incontournable « American Teenager » (2022), suivi de « Nettles » issu de son dernier album The Willoughby Tucker Forever : un enchainement qui permet d’apprécier l’évolution et la direction musicale que prend l’artiste. On quitte à contrecœur le concert après « Ptolemaea », pour rejoindre l’autre scène, mais les regrets se dissipent aussi tôt.

Sans transition, on arrive devant la scène de Rusowsky et l’ambiance est bien plus délirante que la précédente, avec des visuels décalés qui s’enchaînent à toute vitesse en arrière-plan. L’artiste espagnol parcours le spectre de la musique éléctronique : envolées douces au piano, titres dansants à l’esprit latino, explosions techno déjantées. Mais ce qui reste en tête, c’est l’iconique coupe de cheveux, arborée par tout le monde sur scène, du chanteur aux musiciens, et même le cameraman !

Ninajirachi / The XX

Même dilemme qu’avant : deux projets dans notre sélection se chevauchent : Ninajirachi et The XX. On se dépêche de rejoindre le set de la DJ australienne, qui avait déjà commencé pendant le concert de Rusowsky. Après à peine quinze minutes de show, on retrouve un public déjà en ébullition. Ninajirachi enchaîne deux remixes très actuels : « Berghain » de ROSALÍA , et « Rock Music » de Charli XCX : deux artistes particulièrement en vogue sur les dancefloors. En arrière-plan, le meme d’un chat avec un casque audio démontre sa maîtrise des codes d’internet et des tendances virales. On reste encore un peu pour découvrir ses propres productions, qui confirment son statut d’étoile montante de la scène électronique. Coup de cœur pour « Infohazard », titre phare de son album
I Love My Computer.

On quitte cette scène bouillante pour l’atmosphère planante et contemplative de The XX, portée par une scénographie bien plus minimaliste. Parmi le public, certains ferme les yeux, d’autres sont allongés : tous vivent l’instant présent. Le retour du trio après huit ans d’absence offre une dimension symbolique à cette soirée de clôture. « I Dare You » nous projette dans le générique de fin d’un film indie, tandis qu’un tendre sentiment de nostalgie parcours les festivaliers. Mais c’est avec l’emblématique « Intro » qu’on la véritable impression de flotter. Le show se termine paradoxalement sur ce titre chargé d’émotions, et cette édition du festival commence déjà à nous manquer.

Bb trickz

Notre aventure à We Love Green s’achève avec Bb Trickz. Pétillante et audacieuse, elle transforme la scène en son terrain de jeu, une soirée de club à ciel ouvert. Au moindre coup de mou, elle n’hésite pas à rappeler le public à l’ordre et à raviver l’esprit festif de son show. Pour sa première date française de l’année, elle marque le coup en interprétant des titres exclusifs de son album sugarhiii, officiellement dévoilé ce vendredi 12 juin : « a mala », « gafas de sol »… Mais pas que ! La rappeuse espagnole pose son couplet sur le remix « Pretty Girl » de Clairo, et sur « Club Classics » de Charli XCX, prolongeant le brat summer qui avait investi le festival en 2025. Ce dernier shot d’énergie nous permet de conclure en beauté, après trois jours de festival intenses qu’on est pas près d’oublier.