Il aura fallu une scène au milieu du bois de Vincennes pour mesurer toute l’ampleur de La Favorite. Un an après la sortie de son premier album, Yoa en dévoile aujourd’hui le dernier chapitre avec La Favorite, suite et fin. Une réédition qui résonne autrement depuis cette performance à We Love Green, où ses chansons semblaient déjà annoncer qu’elles n’avaient pas tout dit.

Il est rare qu’un concert change la manière d’écouter un album. C’est pourtant ce qui se produit avec Yoa. À We Love Green, la chanteuse franco-suisse livre une performance où la scénographie enchaîne les tableaux avec une précision presque théâtrale. Chaque morceau prend une autre ampleur, jusqu’à donner envie de revenir au disque. Une fois La Favorite relancé, les chansons ne résonnent plus tout à fait de la même façon.

Une voix singulière

Lorsqu’il paraît le 31 janvier 2025, La Favorite marque un tournant dans le parcours de Yoa. Après trois EP remarqués, la revelation scène aux Victoires de la Musique 2025 dévoile un premier album qui embrasse pleinement son identité artistique. Entre hyperpop, électro et touches de bossa nova, elle construit une pop mouvante où se croisent santé mentale, ruptures, désir, violences et injonctions faites aux femmes.

L’album suit son cours sans jamais choisir entre légèreté et gravité. « Matcha Queen » s’amuse des apparences et des codes de la fille parfaite avant d’en révéler les fissures. « Le Collectionneur » saisit par sa frontalité lorsqu’il aborde les violences sexuelles. « Princesse Chaos », « Contre-cœur », « Les Grandes Chansons » ou encore « Bombe » dessinent le portrait d’une artiste qui préfère les contradictions aux certitudes. Chez Yoa, l’humour désamorce la douleur, l’ironie masque les blessures sans jamais les effacer, et la pop devient un terrain d’expression où les failles ont toute leur place.

Les dernières pages d’un journal intime 

Les six nouveaux titres de La Favorite, suite et fin apparaissent comme l’épilogue naturel de l’album, à la manière des dernières pages d’un journal resté ouvert. L’ouverture, « Moi », amuse autant qu’elle déstabilise. En répétant « Mais qu’est-ce que c’est bon d’être moi », l’artiste s’amuse de l’image de la pop star sûre d’elle. Derrière la provocation apparaît pourtant le doute. Une façon de rire d’elle-même pour mieux parler de ses fragilités, fidèle à ce qui traverse son écriture depuis ses débuts.

« Culottes » raconte ce qu’il reste d’une histoire d’amour une fois les sentiments évaporés. « Il ne t’aime pas » démonte, avec une écriture acérée, les mécanismes d’une masculinité incapable d’aimer autrement qu’en cherchant la validation des femmes. Avec « Ma mère va me tuer », partagé avec Asfar Shamsi, le malaise s’installe durablement. Enfin, « Yao » répond avec beaucoup d’esprit aux comparaisons, aux projections et aux étiquettes que l’on colle encore trop facilement aux jeunes artistes féminines. Ces six titres trouvent naturellement leur place dans l’univers de La Favorite. Ils referment un chapitre sans donner le sentiment d’un épilogue ajouté après coup.

Le disque à l’épreuve de la scène 

Cette réédition rappelle aussi ce que la scène révèle chez Yoa. Son passé de comédienne irrigue son interprétation sans jamais prendre le dessus sur les chansons. Les textes gagnent en relief, les silences prennent enfin tout leur poids et chaque morceau semble trouver une nouvelle respiration.

En refermant La Favorite, Yoa achève le chapitre qu’elle avait commencé dix-sept mois plus tôt, sans en atténuer les failles ni les contradictions. cette réédition augmentée ne réécrit rien, mais apporte simplement les dernières pages d’un récit qui semblait attendre cette conclusion.