Pour sa 49e édition, le Paléo Festival a une nouvelle fois réuni 250 000 personnes sur la Plaine de l’Asse. De Twenty One Pilots à Katy Perry, de The Cure à Orelsan, nous avons traversé cette semaine à deux, en nous partageant les scènes et les découvertes.

Nous voilà de retour à Nyon, dans l’un des festivals qui nous tient le plus à cœur et que nous couvrons depuis maintenant dix ans. Avant même le premier concert, une visite du site permet de découvrir les nouveautés de cette édition.

Belleville a entièrement changé de visage. L’ancienne structure a laissé place à un décor plus minéral, traversé d’écrans et de lumières, qui prend toute son ampleur une fois la nuit tombée. Plus loin, une lune géante flotte au-dessus de la Plaine de l’Asse et accueille chaque jour des performances surprises. Le Paléo peut commencer.

La scène Belleville

Mardi : premiers pas et premier grand frisson

À 15 h 30, le compte à rebours est lancé devant les portiques. Dès leur ouverture, les premiers festivaliers se mettent à courir pour espérer atteindre les premiers rangs de Twenty One Pilots, dont le passage à Nyon constitue l’une des rares dates européennes de l’été.

Belleville donne le départ

Pour ce premier jour, c’est le collectif Club Katel qui inaugure la scène Belleville. Il n’y avait certainement pas meilleur candidat que les trois artistes nyonnais pour démarrer la fête sur une musique électro qui varie entre house, disco et trance. Face à un petit public, composé des festivaliers les plus en avance, ils ont su nous mettre dans l’ambiance du Paléo. De quoi bien commencer cette première journée.

Ensuite, à 18h30 Suzane investit la Grande Scène, qu’elle inaugure en ce premier jour. Elle arrive sur scène avec son titre « Dégaine », entourée de quatre danseuses. Durant une heure de performance elle enchaîne les chorées, avec un décor évoluant selon les titres. Dans la foule, on remarque des femmes et des petites filles arborant des pancartes qui reprennent des paroles de la chanteuse telles que « je suis forte comme une fille ». Et lors de son titre phare « Viril », c’est toute la foule qui reprend en choeur ces mêmes paroles.

On passe une tête au Club Tent ou joue Ditter. Le trio français mêle rock, pop et électro dans un concert qui part volontairement dans tous les sens. Sa chanteuse court, interpelle le public et défend aussi bien les personnes en burn-out que le plaisir féminin. « C’est dans la joie d’être ensemble qu’on changera les choses. Fuck fascisme », lance-t-elle avant de repartir de plus belle.

D’Asaf Avidan à Twenty One Pilots

Sur Véga, Asaf Avidan installe une tout autre atmosphère. Treize ans après son dernier passage au Paléo, il revient dans un décor presque théâtral, entouré de quatre musiciens, d’un fauteuil et de lumières rouges. Tantôt assis dans l’ombre, tantôt derrière sa guitare ou un tambour, il habite la scène comme un dandy ayant gagné en assurance. Sa voix reconnaissable entre mille s’élève notamment sur « One Day », au milieu d’un concert plus intime et cinématographique.

Puis Twenty One Pilots s’empare de la Grande Scène. Tyler Joseph passe du rap au piano, grimpe dans le public, tandis que Josh Dun finit par jouer de la batterie plusieurs mètres au-dessus du sol. Heathens et Stressed Out font apparaître des milliers de téléphones, mais le moment le plus fort reste Trees. Les deux musiciens terminent sur des plateformes soutenues par la foule, tambours devant eux, entourés de fumée, de confettis et de feux d’artifice. Le Paléo tient déjà l’une de ses grandes images.

Et c’est avec Perceval que l’on clôture cette première journée. Kilt celte et casque de chevalier sur la tête, c’est comme ça qu’on le reconnait lorsqu’il arrive sur la scène Véga. Un terrain de jeu plus grand que l’année dernière, puisqu’il mixait à Belleville. Mais pas de quoi faire rougir notre chevalier rennais, qui a complètement investi l’espace avec son univers, et mixe derrière des remparts entourés de bannières et d’étendards. Face à lui, une énorme foule de joyeux lurons composée de fans et de non-initiés. Il ne nous aura fallu que quelques instants pour nous aussi entrer dans la ronde et nous laisser emporter par les airs de celui qu’on appelle le roi de la techno médiévale. Perceval a tout, pour comme son homonyme, inscrire son nom dans la légende.

Mercredi : entre ferveur et mélancolie

Le festival ne désemplit pas. Ce mercredi, beaucoup sont venus pour The Cure, dont le dernier passage à Nyon remontait à 2019.

Sam Sauvage ouvre la voie 

En ce second jour, c’est Sam Sauvage qui ouvre la Grande Scène. Comme à son habitude, l’artiste a su emporter les festivaliers dans son univers pop rock. Nous l’avions déjà vu lors du Printemps de Bourges ainsi qu’aux Nuits Secrètes où nous l’avions interviewé. L’artiste n’a maintenant plus à prouver qu’il sait performer et faire danser les foules partout où il passe.

Avant de rejoindre la Grande Scène, nous passons par Véga où Feu! Chatterton fait chanter le public sur Allons voir. Arthur Teboul descend jusqu’aux barrières, saisit la main d’un festivalier et poursuit son morceau au plus près de la foule. Lorsque vient « Ce qu’on devient », l’émotion prend le dessus.

The Cure suspend le temps

The Cure ouvre ensuite son concert par « Alone », premier titre de Songs of a Lost World. Robert Smith et ses musiciens déroulent deux heures de mélancolie, entre longues plages atmosphériques et morceaux que plusieurs générations connaissent par cœur. Le groupe ne cherche pas à bouleverser ses habitudes, mais rares sont ceux capables de maintenir une foule aussi nombreuse dans un tel état de suspension.

Au Club Tent, St Graal attire tellement de monde qu’une partie du public est contrainte de suivre le concert depuis l’extérieur. Seul avec une guitare et un synthétiseur, il rassemble le chapiteau autour de « Je t’emmènerai » et « Techno Boom Boom ». Pour finir, il invite toute l’équipe technique sur scène afin de la remercier. Une attention simple, mais particulièrement chaleureuse.

Jeudi : Gorillaz voit grand

Le soleil s’est installé au-dessus du festival. Avant les concerts, nous découvrons Enigmatik, l’immense soucoupe volante imaginée par près d’une centaine d’étudiants de la HES-SO pour célébrer vingt ans de collaboration avec le Paléo.

La nouvelle génération prend les commandes

Aujourd’hui c’est avec Marie Jay que l’on commence cette troisième journée de festival. Hier l’artiste lausannoise donnait déjà un petit concert surprise dans le camping des festivaliers, mais c’est jeudi à 16h30 qu’on la retrouve sur la scène du Club Tent pour le vrai show. Sous le chapiteau, une petite foule d’enthousiastes déjà familiers de la discographie de l’artiste, mais aussi beaucoup de nouveaux arrivants, dont nous faisons partie. Marie Jay a réussi à nous faire entrer dans son univers de pop un peu nostalgique, avec une personnalité attachante et des récits d’histoires et d’émotions qui sont familières à beaucoup.

À 21h20 c’est au tour de Théodora de prendre le contrôle de la Grande Scène. Et on y est maintenant habitués, la Boss Lady ne fait pas les choses à moitié et les concerts du Free Kitty Tour sont toujours très remarqués. Scène XXL, guests, chorégraphies, dance crew… bref une scénographie digne d’une tournée solo. Pourtant c’est bien la Main Stage du Paléo que Théodora a enflammée jeudi 23 juillet. Les premières centaines de fans se sont installées face à la scène dès 19h45, heure de fin du set de Disiz. À 21h20, heure de début du show, la plaine et les terrasses alentour sont remplies, comme si tout le festival s’était arrêté pour la Boss Lady. Les premières note de son titre « 243 km/h » retentissent et il est difficile de ne pas se laisser emporter par l’énergie de la foule. Sur scène elle interprétera « Mélodrama » le titre sur lequel elle collabore avec Disiz, qu’elle a invité sur scène pour l’occasion. Elle laissera également la scène à Supremnova artiste genevoise, qui préformera « PPPÉTARD » et « CHECHE LE LAIT » ses deux derniers singles.

Gorillaz déploie son grand spectacle

À l’approche de minuit, Gorillaz déploie son grand spectacle. Damon Albarn apparaît entouré de treize musiciens et choristes, tandis que les personnages imaginés par Jamie Hewlett occupent les écrans. Tabla, flûte indienne, hip-hop, pop et électro se croisent au fil d’un concert nourri par The Mountain, le nouvel album du projet. L’ensemble impressionne par sa démesure, même si l’accumulation de sons et d’images finit parfois par créer une certaine distance. Les moments plus simples touchent davantage, notamment « On Melancholy Hill », « Feel Good Inc. » et « Clint Eastwood » ramènent ensuite toute la Plaine de l’Asse dans le même refrain.

On vous le disait dernièrement à l’occasion des Nuits Secrètes, Ino Casablanca c’est : « petite scène, mais grande énergie », cette fois on peut aisément ajouter « grand public » ! En effet, la foule venue voir le rappeur dépassait largement les capacités du Club Tent, et plus d’une centaine de fans écoutaient l’artiste depuis l’extérieur du chapiteau. On imagine assez facilement qu’il aurait pu réussir à s’emparer de la scène Véga pour la faire vibrer. Une petite frustration qui est largement compensée par le set de l’artiste qui, comme toujours donne toute son énergie à son public, qui sait le lui rendre.

La soirée s’achève sur Véga avec Amelie Lens. Enceinte de huit mois, la DJ belge n’en ralentit pas pour autant son set. Les basses gagnent les derniers mètres du site et accompagnent le public jusqu’au bout de la nuit.

Vendredi : le huit millionième festivalier

Ce vendredi, le Paléo franchit une étape symbolique : le huit millionième visiteur de son histoire passe les portiques de la Plaine de l’Asse.

Après la prestation de Solann sur Véga, Yamê ouvre la Grande Scène sous une chaleur écrasante. Sa voix, immédiatement reconnaissable, traverse la soul, le rap et le jazz. Il reprend « Bécane », joue de la guitare et présente son nouveau single « Oh My Man », tout en défendant son dernier album.

Du Club Tent à la Grande Scène

À 19h15 on retrouve Camille Yembe sous le Club Tent. Durant un show d’une heure, la chanteuse belge nous fait entrer dans son univers et nous présente son album « Jeune et Laide » sorti en mai 2026. Un album intime qui allie pop et rock avec une touche de rap. Pour ce concert pas de scénographie extravagante, mais la performance est portée par l’énergie chaleureuse de l’artiste et de ses deux musiciens. De quoi bien commencer commencer la soirée pour se mettre dans l’ambiance Paléo.

Vous ne connaissez peut-être pas Kenny arkana, rappeuse marseillaise altermondialiste et headlineuse de ce 4ème jour, et pour cause une longue pause de 5 ans. Mais la rappeuse marseillaise a finalement fais son retour en novembre 2025 avec le titre « Foudroie-les » et est en pleine tournée des festivals. Ce soir, c’est sur la Grande Scène du Paléo qu’elle se produit. Un sacré défi pour l’artiste dont la dernière tournée remonte à 2018. Elle entre sur scène sur le titre « La mère des enfants perdus » issu de son album « Entre ciment et belle étoile », sorti en 2006. On sent la rappeuse émotive en contemplant la foule qui remplie la plaine de l’Asse. L’émotion est partagée par une partie du public composé de fans de longue date.

Pendant une heure elle enchaînera des titres issus de ses différents albums, et dévoilera même un titre en exclusivité. Un show de 1h15 pour rappeler que la musique est belle et bien politique. Elle ne manquera d’ailleurs pas de piquer les rappeurs qui ne se positionnent pas politiquement. La rappeuse terminera son concert en exprimant sa joie d’être de retour, et en affirmant ne plus repartir.

Orelsan fait son cinéma

La Plaine de l’Asse est noire de monde lorsque Orelsan rejoint la scène sur une voiturette, au milieu de combats filmés en direct. Son concert reprend l’univers de Yoroï et de La fuite en avant, dans une mise en scène qui emprunte beaucoup au cinéma. Le rappeur revient d’abord à ses classiques avec « Basique » et « La Quête », avant de dérouler le récit de son personnage parti s’installer au Japon. Yamê le rejoint pour « Encore une fois », puis Orelsan retrouve plusieurs anciens titres dans un medley repris par le public. La scénographie prend parfois tellement de place qu’elle relègue la musique au second plan, mais l’ensemble reste impressionnant de maîtrise.

Plus tard, Mosimann transforme Véga en immense dancefloor. Il aura fallu le retrouver en Suisse pour enfin suivre l’un de ses shows jusqu’au bout. Le DJ franco-suisse joue des platines, de la batterie et des claviers au milieu des flammes et des projections. Un film retraçant son parcours est diffusé en fin de set, avant que son père ne le rejoigne sur scène. Derrière la pyrotechnie, l’émotion reste bien présente.

Samedi : Katy Perry au centre de l’attention

Le ciel paraît menaçant pour cet avant-dernier jour, mais seules quelques gouttes tomberont dans la nuit.

Jok’Air face à l’attente Katy Perry

A 22h15 c’est Jok’air que nous retrouvons sur la scène Véga. Un horaire difficile à tenir, alors que le show de Katy Perry commence pile une heure après et que de nombreux festivaliers campent déjà devant la Grande Scène. Pour autant, le rappeur à su donner un show duquel il n’a pas à rougir. Le public était réceptif à sa performance, et particulièrement lorsqu’il a interprèté des titres de la MZ (groupe de rap composé de Jok’Air, Hache-P et Dehmo, dissout en 2016) comme « Les Princes ».

Katy Perry était l’une des artistes les plus attendues de la semaine. La chanteuse américaine enchaîne les tableaux, les chorégraphies et les tubes devant une Grande Scène pleine à craquer. « Roar » et « Firework » sont repris par des milliers de voix, y compris celles de festivaliers qui n’étaient pas forcément venus pour elle. Son passage est spectaculaire, parfois un peu maladroit lorsqu’elle évoque le prix des billets ou brandit un drapeau suisse approximatif, mais le public préfère retenir son énergie. Elle tente même de rejoindre la régie dans une grande bouteille gonflable portée au-dessus de la foule. L’expérience s’arrête avant l’arrivée, mais l’image résume assez bien son concert : excessif, étrange et entièrement pop.

Une autre fête loin de la Grande Scène

Pendant ce temps, Dope Saint Jude joue sous la Club Tent. Le chapiteau ne déborde pas, mais il reste suffisamment rempli pour rappeler qu’un autre festival continue toujours d’exister à quelques centaines de mètres des têtes d’affiche.

Dans la nuit, Vald, Vladimir Cauchemar et Todiefor retournent Véga. Les trois artistes font danser le public sous une pluie fine, bienvenue après plusieurs jours de chaleur et de poussière.

Dimanche : derniers refrains sous les drones

Le ciel se fait menaçant, mais il n’en sera rien en ce dernier jour du festival. 

Zaz au milieu de la foule

Zaz entre sur scène au rythme de « Je pardonne », devant une fosse déjà bien remplie. Après l’avoir vue à l’Olympia en décembre, nous la découvrons pour la première fois dans le cadre d’un festival. Venue défendre Sains et saufs, elle descend chanter le titre éponyme au milieu du public avant de remonter sur scène. « Mon sourire », « La Vague » et « Éblouie par la nuit » précèdent « Je veux », repris en chœur puis a cappella par toute la fosse.

Il y avait beaucoup de très jeunes dans la plaine de l’Asse, mais ce soir c’est aux plus anciens que Gims a décidé de s’adresser. Dès le début du show il nous a annoncé une « odyssée » dans sa discographie, en commençant par les hits de la Section d’Assaut pour terminer avec ses derniers singles comme « Ciel » ou « SPA ». Accompagné sur scène d’un DJ de danseurs et d’effets pyrotechniques Gims à sur faire danser toutes les générations ce soi

Une dernière danse sous les drones

Avant le spectacle final, Bob Sinclar fait danser Véga au rythme de ses tubes et de ses remixes. Puis 1 400 drones s’élèvent au-dessus de la Plaine de l’Asse. Les formes lumineuses rendent hommage au festival et à plusieurs artistes de la semaine. Une première représentation surprise avait déjà eu lieu la veille, mais le spectacle conserve toute sa force lorsqu’il revient pour refermer cette 49e édition.

Le spectacle des drones

Le Village du Monde, une parenthèse nordique

Cette année, le Village du Monde mettait à l’honneur les pays nordiques. Cabanes colorées, lac, phare et aurore boréale artificielle composaient un décor particulièrement réussi, même si la présence d’Ikea se faisait parfois un peu trop sentir.

Jeudi, Hindarfjäll investit le Dôme pour son premier passage au Paléo. Le groupe suédois mêle instruments traditionnels, chants inspirés des légendes vikings et puissance metal. Une musique ample qui trouve naturellement sa place dans cet univers. Dimanche, Trolska Polska referme notre semaine nordique dans une ambiance plus festive. Pour le final, le groupe invite les techniciens et les bénévoles de la scène à le rejoindre. Une belle manière de saluer celles et ceux qui ont fait vivre ce quartier durant six jours.

Le Village du Monde changera totalement d’horizon l’an prochain : pour la 50e édition, la Suisse sera mise à l’honneur.

Trolska Polska sur la scène du Dôme au Paléo

Déjà en route vers les 50 ans

Le Paléo 2026 s’achève une nouvelle fois à guichets fermés, après plus de 200 concerts et spectacles. Mais les chiffres ne racontent pas tout. Il reste les courses entre les scènes, les chapiteaux trop petits pour contenir la foule, la poussière, les refrains repris ensemble et ces concerts découverts presque par hasard. La prochaine édition durera exceptionnellement sept jours, du 19 au 25 juillet 2027, afin de célébrer les 50 ans du festival. Après une telle semaine, l’attente a déjà commencé.