Clap de fin des festivals de l’été 2026 avec Rock en Seine ! Au programme de cette 23ème édition ? Cinq jours rythmés aussi bien par des grands noms que par des artistes émergents, avec un focus particulier sur la diversité de la scène rock. De The Cure à Nick Cave & The Bad Seeds, en passant par Turnstile et les français LANDMVRKS, le line up a réuni 175 000 festivaliers, étonnamment hardis en dépit de la pluie battante et la boue.

Retour sur les performances qui auront marqué nos esprits lors de ces cinq jours de festivités !

Magi Merlin

© Lisa Miliani

C’est avec un petit sourire satisfait que nous avons repéré ce nom familier sur la programmation, car Magi Merlin avait déjà attiré notre attention l’année dernière, lors du festival Radiance. C’est donc tout naturellement que nous allons à sa rencontre, cette fois-ci sur la scène Roc-On. Difficile de dire si cela est dû au cadre différent — l’une des rares journées clémentes au parc de Saint-Cloud —, l’euphorie du premier jour ou le plaisir de la retrouver dans un événement d’une telle ampleur, mais la performance de la Canadienne trouve une résonance encore plus forte à nos yeux… et à nos oreilles. Sa capacité à alterner avec harmonie entre soul, r&b, et pop électro, saupoudrée d’une aisance scénique indéniable conquiert le public de la scène Roc’On. 45 minutes ne sont clairement pas suffisantes pour profiter pleinement de l’univers de Magi Merlin, mais elles nous permettent tout de même de découvrir plusieurs extraits live de POWER HOUSE, son dernier album. Et c’est sur le banger « POPSTAR » que nous nous disons au revoir… en espérant, cette fois encore, nous revoir bientôt !

Sekou

© Lisa Miliani

Âgé de seulement 22 ans, Sekou a déjà tout d’un grand. Et ce constat nous frappe dès son entrée sur scène : crinière flamboyante et pantacourt à motif tartan — un fier clin d’oeil à ses origines britanniques — prennent place dans une démarche assurée, nous laissant dans cette attente fébrile où l’on compte les secondes avant le début du concert. Puis, lorsque la voix baryton du jeune homme s’élève sur les premières notes de « Never Gunna Give You Up », la magie opère. Si sa puissance et sa tonalité vocale se prêtent parfaitement à des titres larmoyants à la Sam Smith, comme « Better Man » où l’artiste se dévoile sur sa relation avec son père, c’est sur un registre plus funk que Sekou brille réellement. Preuve en est avec « Catching Bodies », son titre le plus écouté sur les plateformes, ou « Dangerous Lover ». Sur ce dernier, un dance break vient précéder le refrain final, pendant lequel la foule explose en une vague de danse, de cris enthousiastes et d’applaudissements. Quelle performance !

@lisamiliani

Florence Road

© Marie Sergent

On a à minima un coup de cœur irlandais par édition (Fontaines D.C. et Kneecap en 2025, Inhaler en 2024…) et cette année ne fait pas exception à la règle avec Florence Road. Ce jeune groupe de rock alternatif féminin, formé à Bray en 2019, a retenu toute notre attention grâce à un concert centré sur l’émotion et l’alchimie entre ces quatres amies, sans oublier l’impressionnante voix de Lily. Pétillante et à l’aise sur scène, la chanteuse a su rayonner auprès du public parisien, à seulement 22 ans. C’est d’autant plus impressionnant quand on sait que leur premier passage à Paris remonte à peine en novembre dernier, quand le groupe a assuré la première partie de Wolf Alice (dont on a également adoré le passage à Rock en Seine dimanche). Pendant ce court set de 35 minutes, Florence Road a évidemment interprété leur titre viral « Hanging Out to Dry », mais aussi leur dernier single « 7563 » que le public a visiblement approuvé ! On espère les revoir pour un set plus long en 2026. 

Lorde

Nous avons eu la chance de voir Lorde en novembre dernier pour l’Ultrasound tour, une tournée bouleversante et introspective, explorant sensibilité et mise à nue émotionnelle. Cette fois encore, l’artiste néo-zélandaise nous a ému, et peut-être même plus qu’à son concert. Mais pourquoi ? Est-ce l’ambiance festivalière ? Le cadre en plein air ? La fin de l’été ? On n’a pas réussi à mettre le doigt sur ce qui a rendu ce moment aussi spécial et différent de la tournée. Sur scène, Lorde avoue trouver une saveur particulière à ces festivals estivaux, comme s’ils capturaient et immortalisaient l’émotion et la nostalgie des soirées d’été. La setlist et la scénographie étaient similaires à son précédent show, mais la chanteuse nous a réservé une belle surprise : le remix de « Girl, so confusing » de Charli XCX, un véritable hymne du brat summer qui avait enflammé les réseaux sociaux à sa sortie. Dans ce morceau, les deux chanteuses parlent avec honnêteté de la balance difficile entre amitié et rivalité auxquelles elles ont été confrontées pendant leur évolution dans l’industrie musicale, en tant qu’artistes et en tant que femmes. Ce message universel a dès le début raisonné avec son audience, et deux ans plus tard, il continue de faire vibrer ses fans, transformant la Grande Scène en dancefloor géant. En réalité, le plus touchant ce soir là, c’était le public lui-même. Au cœur de la foule, des groupes d’amis se tenaient par la main, sautillant et chantant en chœur « You’re the only friend I need », le refrain de « Ribs ». Avec ce titre, Lorde clôture son set sur une célébration joyeuse et cathartique de l’amitié, et un adieu festif à l’été. On ne la remerciera jamais assez pour partager sa sensibilité et accompagner autant de générations depuis ses débuts en 2013.

@mardybumpro

Bonne Nuit

© Lisa Miliani

Alors que nous nous approchons de notre chère scène Roc-On, nous sommes accueillis par un hymne cinglant scandé sur un beat uptempo : « Pécresse, Pécresse, ferme ta gueule ». Le ton est donné, et on y décèle déjà les éléments qui forment l’univers de Bonne Nuit : un rythme dansant, ponctué par des textes tantôt acerbes, tantôt vulnérables.

En effet, le groupe vendéen se révèle attendrissant avec la ballade « Montréal » et avec leur future single — « qui sortira un jour mais on ne sait pas quand », avoue un Théodore Babarit amusé — où le public accompagne les artistes avec des lalala, à défaut d’en connaître les paroles. Mais ils savent également insuffler une énergie explosive à la Prodigy sur des breaks instrumentaux portés par une batterie et des synthés endiablés, ou transformer un doux morceau en une boucle ascendante où nous hurlons « Crier Vomir Pleurer », comme un mantra cathartique sur lequel nous pouvons expier nos peines tout en sautant en communion avec la foule.

Après une performance aussi énergique, conclue par deux grosses brioches vendéennes offertes sur lesquelles le public se jette à cœur joie, c’est avec le sourire que nous nous disons… bonne nuit !

@lisamiliani

Wet Leg

© Marie Sergent

Après une tournée des festivals saluée en 2025, le passage de Wet Leg à Rock en Seine était très attendu. Sans surprise, le groupe a fait honneur à sa réputation en nous livrant un show aussi énergique que sarcastique. La frontwoman Rhian Teasdale fait son entrée sur « catch these fists » et son charisme retient instantanément l’attention, dissipant très vite notre chagrin suite à l’annulation du set de CMAT. Derrière elle, son acolyte et guitariste Hester Chambers, accompagné de leur liveband. « Wet Dream », « Chaise Longue », « CPR »… Les titres iconiques défilent avant de laisser place à notre coup de cœur final de la setlist : « mangetout ». Avec ce single emblématique de Moisturizer, sorti il y a un an, Rhian distille une dernière fois son cocktail signature, à base d’étrange et de sensualité, et quitte la scène en nous laissant des étoiles dans les yeux. Bonne nouvelle pour les fans (dont on fait clairement partie) : Wet Leg revient à Paris le 12 et 13 juin 2027, en première partie de Tame Impala pour toute sa tournée européenne. Ce sera l’occasion de revivre un concert amusant et explosif au sein des murs de l’Accor Arena.

Voir Wet Leg en concert, c’est apprécier la dualité entre l’assurance folle de Rhian et la discrétion d’Hester. Un peu peu comme un le Yin et le Yang, ce contraste rend le combo d’autant plus efficace. Assister à leur live, c’est aussi se demander continuellement quelle est leur routine capillaire (on y a tous pensé). Note à part, on a grandement apprécié la présence de traductrices en langue des signes qui ont permis d’offrir un concert en chant signé pour les personnes malentendantes. Un grand oui !

@mardybumpro

Sparks

À 18h55, place à Sparks sur la scène BoursoBank. Vêtu d’un costume rose de la tête aux pieds, Russell Mael prend le temps de saluer le public et de présenter les musiciens avant de lancer « So May We Start ». Très vite, le duo formé avec son frère Ron fait défiler plus de cinquante ans de carrière jusqu’à l’incontournable « This Town Ain’t Big Enough for Both of Us ». Derrière son clavier, Ron garde son impassibilité légendaire… jusqu’à s’en échapper pour quelques pas de danse aussi improbables qu’attendus. Une heure plus tard, Sparks rappelle surtout qu’après toutes ces années, son excentricité n’a rien perdu de son charme.

Nick Cave

Une semaine après s’être produit au Cabaret Vert, c’est la dernière date d’une longue tournée pour Nick Cave & The Bad Seeds, et deux heures qui prennent rapidement des allures de cérémonie. Toujours au plus près des premiers rangs, Nick Cave alterne tension et recueillement, jusqu’à un « O Children » particulièrement bouleversant, repris par une foule suspendue à sa voix. Le concert se referme sur « Into My Arms », chanté en chœur, puis sur quelques mots adressés au public : « I believe in love, and I know that you do too ». Un dernier « Thank you, Paris » au bord de la scène, et cette tournée s’achève là, dans la proximité plutôt que dans la démesure.

@xsl1

Turnstile

Samedi était indéniablement la journée la plus punk rock du festival, entre Mannequin Pussy, Lambrini Girls, Amyl and the Sniffers, Deftones… Et évidemment Turnstile, figure en côté du punk hardcore actuel : une grosse claque au sens figuré comme littéral (merci les pogos).

On nous avait pourtant prévenu : être dans le public à un concert de Turnstile, c’est sportif. Il faut le cardio. Et si on ne l’a pas, on peut profiter de la performance sur les côtés, sans encombre. On a donc fait le choix raisonnable de vivre l’expérience à fond, au plus proche de la scène : une place privilégiée qu’on n’a pas réussi à garder longtemps au vu des mouvements de foule. Le public était d’autant plus enthousiaste puisque la veille, une  version remix de l’album NEVER ENOUGH voyait le jour, avec des featurings d’exception : Hayley Williams, Slayyyter, Oklou… Heureusement, notre curiosité n’a pas laissé place à la déception, au contraire ! Dès le premier titre, le public était en ébullition : slams, gobelets en l’air, pogos… Les cases d’un concert punk étaient cochées. Des enfants aux séniors, tout le monde était réuni pour vibrer au son de Turnstile. Et quand la musique réunit autant de générations, ça fait chaud au cœur : on oublie vite les blessures de guerres minimes qui ont résulté de ce joyeux chaos. Les bleus du lendemain deviennent un souvenir authentique, à l’image de l’énergie explosive du concert qu’on a vécu.

@mardybumpro

Love Spells

© Marie Sergent

Dès notre arrivée, le magnétisme instantané de Love Spells nous a attiré loin de la foule, qui campait déjà pour The Cure. Plus on s’approchait de la scène AXS, plus il nous devenait impossible de résister à son charisme envoûtant et à sa voix suave (décidément, il porte bien son nom !). C’est typiquement pour ce genre de découvertes coup de cœur qu’on apprécie se balader en festival. L’opportunité de découvrir un artiste en pleine ascension est tout aussi satisfaisante que de voir une tête d’affiche, et souvent moins éprouvante. Pour le coup, la douceur et la sensualité de Love Spells marquent un contraste net avec le déluge explosif de la veille. Cette parenthèse veloutée était plus que bienvenue pour entamer cette dernière journée en beauté. Entre dream pop, shoegaze, et un troisième ingrédient secret qu’on ne saurait nommer, Love Spells a concocté la potion parfaite pour nous séduire. Résultat : à peine le concert terminé, son premier album LOVE IS THE LAW, dévoilé en juillet, rejoignait déjà notre playlist. La cerise sur le gâteau ? Les nouveaux fans ont pu profiter d’un deuxième concert au Point Éphémère le lendemain, pour prolonger le plaisir.

The Cure

Ce dimanche soir, la magie de The Cure a opéré dans le Domaine national de Saint-Cloud. Cinquante ans plus tard, la voix de Robert Smith reste inchangée et le charme opère toujours. La pleine lune est venue sublimer cette soirée onirique qui nous semble, encore aujourd’hui, irréelle. Dès les premières notes, le chanteur britannique abandonne sa timidité pour nous livrer 2h15 de concert. On a dansé, chanté, ri, et (beaucoup) pleuré. D’ailleurs, après l’avalanche de larmes provoquée par « Lovesong », il nous fallait un remontant. De quoi terminer cette édition de Rock en Seine dans la joie ! Et ça tombe bien : l’explosif DITTER nous attendait à l’opposé de la Grande Scène pour une contre-soirée explosive et déjantée.

DITTER

Le trio nous a tout de suite remis en selle avec un concert aux influences naviguant entre pop, punk, électro… En réalité, on ne sait pas trop comment qualifier ce set, et c’est précisément ce qui le rend si spécial. Ce qui compte, c’est qu’une fois de plus, DITTER a réussi à nous donner le sourire. À la recherche d’un remède miracle pour être de bonne humeur ? Vous savez désormais où le trouver. Si on a raté quelques chansons de The Cure, c’est sans regret. Cette atmosphère intime a permis au public réuni en petit comité de s’affranchir des regards pour lâcher prise et s’amuser. DITTER a su transformer la scène Roc-On en safe place festive, à l’image d’une soirée entre amis animés par l’envie de danser et chanter en chœur. Cette énergie folle nous manquera, puisque ce concert à Rock en Seine marque le clou final d’une tournée de trois ans aux quatre coins de la France (et même au-delà !). Merci DITTER.

@mardybumpro

On a vécu une superbe édition de Rock en Seine qui, hormis la première journée, s’est rapprochée de son essence : résolument plus rock. La programmation aura rassemblé et fait vibrer toutes les générations, offrant une ambiance parfaite pour conclure cette parenthèse estivale.

Mais ce qu’on retient aussi, c’est l’engagement sur scène. Plusieurs artistes ont pris la parole pour dénoncer la montée de l’extrême droite et du fascisme, un appel à continuer de lutter, et ne pas baisser les bras. Mention spéciale à la scénographie sans détour des Lambrini Girls : une piqûre de rappel brutale que le punk a toujours été politique, et le restera. Vive la musique, et « La jeunesse emmerde le Front National » n’aura jamais autant résonné avec le public !