Quelques minutes avant sa release party au Pop-Up du Label, Claïmax nous reçoit pour parler de Journal d’une adoptée. Adoption, Haïti, rencontre avec sa mère biologique, théâtre et musique : une heure plus tard, tout ce qu’elle vient de nous raconter se retrouve sur scène.
Quelques minutes avant de monter sur la scène du Pop-Up du Label, Claïmax nous reçoit dans le bar situé à l’étage. Son premier EP, Journal d’une adoptée, est sorti quelques mois plus tôt et cette release party doit aussi permettre d’en découvrir la suite. Adoption, Haïti, rencontre avec sa mère biologique, théâtre, musique : pendant notre échange, elle revient sur une histoire qu’elle a longtemps portée avant de pouvoir la mettre en chansons.
« Raconter l’histoire que j’avais envie de raconter »
La musique n’était pourtant pas le plan de départ. Claïmax vient d’abord du théâtre. Ses parents étaient amateurs de télé-crochets, mais elle ne s’imaginait pas forcément devenir chanteuse. Un opéra et la remarque d’un musicien sur sa voix vont changer les choses. Elle cherche alors sa place, passe par l’opéra, regarde du côté du jazz, avant de la trouver entre le rap, le slam et la chanson française à texte.
Son nom de scène vient lui aussi de cette période. Des amis la surnommaient Claïmax en référence au film Climax, mais le mot finit par prendre un autre sens lorsqu’elle commence la musique : « J’avais imaginé que faire de la musique, ça allait être un peu le climax de ma vie. »
Journal d’une adoptée arrive plus tard. Le déclic est beaucoup plus intime. La disparition de son oncle, mort d’un cancer du cerveau avant d’avoir pu accomplir certaines choses qu’il souhaitait faire, lui rappelle brutalement que le temps n’attend personne.« Je me suis dit : « Kleina, il ne faut pas que demain, si tu meurs, tu n’aies pas fait ce que tu avais envie de faire et raconté l’histoire que tu avais envie de raconter. » »
Elle commence alors à écrire ce qui deviendra la première partie de son journal. Un projet autofictionnel nourri de sa propre histoire, mais aussi de celles des autres. « Je suis quelqu’un qui observe beaucoup », nous explique-t-elle. Les expériences peuvent être différentes, mais certains sentiments se rejoignent : « On aime, on vit, on est touchés par certaines choses qui sont communes. »
Cette parole devient plus personnelle encore lorsqu’elle évoque ses trois mères dans « Prélude ». La chanson lui offre un endroit où certains mots peuvent sortir autrement. « Parfois, on a du mal avec les mots en live. Moi, personnellement, j’ai du mal à parler avec mes proches parfois. Et le fait d’avoir des chansons, c’est un peu une manière de leur rendre hommage. »
Remettre l’enfant adopté au centre
Cette nécessité de raconter prend une autre dimension dans « Haïti ». Claïmax est née à Port-au-Prince et, dans le morceau, elle choisit de déplacer le regard habituellement porté sur l’adoption pour revenir à celui qui la vit : l’enfant. « Je me suis rendu compte qu’il n’y a pas de récits de personnes adoptées visibles, vraiment visibles. »
Elle regrette notamment que ces histoires soient souvent racontées depuis le point de vue des parents ou sous un angle qu’elle juge trop gratifiant. Derrière la reconnaissance attendue, elle veut pouvoir poser d’autres questions : « Qu’est-ce que j’ai ressenti et qu’est-ce que j’ai traversé ? Parce que ce n’est pas si facile de vivre ça. »
Le disque parle aussi de la manière dont on apprend à s’adapter. Dans un interlude, Claïmax reprend une expression qu’on lui a un jour adressée : « le pire aspect de la diversité ». Des mots qui lui ont fait mal et qu’elle a décidé de retourner. « On m’a arrachée à ma culture, j’ai appris toute la culture française, je l’ai très bien apprise, la langue de Molière, je la maîtrise. Et je suis arrivée dans des endroits où on n’attend pas que des personnes noires arrivent. »
En chanson, elle assure désormais ne plus rien vouloir gommer. Cette liberté contraste avec la difficulté qu’elle reconnaît encore parfois avoir en interview, lorsque les mots doivent venir immédiatement. Dans ses morceaux, elle peut prendre le temps de les choisir. Et les témoignages commencent à lui revenir. Certains auditeurs ont vécu des expériences proches des siennes, d’autres reconnaissent simplement les sentiments qu’elle raconte. C’est aussi ce qu’elle espérait avec ce premier projet : qu’une personne puisse entendre une chanson et se sentir un peu moins seule.
De l’interview à la scène
Notre échange terminé, nous descendons dans la salle où Coffee Beanz a déjà commencé sa première partie. Le duo franco-sénégalais mêle rap, soul et sonorités électroniques avant de terminer au milieu du public, venu danser avec lui sur les derniers morceaux.
À 21 heures, la salle est pleine. Quelques minutes plus tôt, Claïmax nous confiait avoir voulu créer « comme un gros concert à l’Olympia, mais dans une petite salle ». Une voix off précède son arrivée et reprend le fil de Prélude. Puis elle apparaît seule sur scène.
Son passé dans le théâtre se retrouve immédiatement dans sa manière d’occuper l’espace. Elle chante, danse et porte seule la performance. « MR5H » prend notamment une autre dimension après ce qu’elle vient de nous raconter sur cet homme qu’elle observait écrire dans le métro et auquel elle n’a finalement jamais parlé.
Puis viennent « Léa » et « Haïti ». Ce dernier titre résonne forcément différemment quelques minutes après l’avoir entendue parler de la place de l’enfant adopté et de cette envie de reprendre elle-même le récit de son histoire.
La soirée permet aussi de découvrir la suite de Journal d’une adoptée. Claïmax interprète notamment un morceau inédit en créole haïtien, puis Océan, inspiré de son voyage à Miami pour rencontrer sa mère biologique. Enfant doué(e) fait également partie des titres présentés ce soir-là et reçoit un accueil particulièrement chaleureux. Deux jours plus tard, l’artiste annoncera sa sortie pour le 9 octobre.
Cette deuxième partie lui permettra aussi d’explorer davantage la drum and bass, le compas ou encore le pop-rock, sans délaisser le rap, l’un des terrains sur lesquels elle avait justement commencé à trouver sa place.
À 22 heures, la salle lui offre une longue ovation.
Un peu plus tôt, lorsque nous lui demandions si elle cherchait encore des réponses sur sa propre histoire, Claïmax nous répondait avoir « passé le plus dur » : « Je n’ai pas besoin de validation extérieure. Je sais ce que j’ai vécu, je sais ce que je ressens et je sais ce que je défends. Je suis en paix parce que je suis en paix avec ma mère. » Quelques minutes plus tard, sur scène, elle n’avait plus besoin de l’expliquer davantage.
