Alors que la saison estivale s’est achevée en beauté avec Rock en Seine, un autre type d’événement lui succède alors : celui des festivals qui mettent à l’honneur la musique émergente, comme le MaMa Music & Convention, le Pitchfork Music Festival… et le festival Radiance, qui a ouvert le bal du 15 au 17 septembre. Pour fêter sa troisième édition, le festival a apporté une nouveauté cette année : la programmation a été organisée autour de trois soirées thématiques, entre rap et r&b, indie rock et pop, hyperpop et bass music.

On vous dit tout sur nos découvertes… et nos coups de coeur !

Le coup de foudre : Tessina, les sirènes du rock

Il y a de ces concerts qui attisent notre curiosité dès les premières secondes et réveillent une intuition particulière, celle qui nous fait pressentir un futur coup de coeur. C’est le cas pour Tessina. 

À peine foulons-nous le sol de la Boule Noire que nous sommes accueillis par des bougies artificielles disposées sur scène et des nappes en dentelle recouvrant les différentes installations. Et c’est assez pour nous faire comprendre que nous vivrons une expérience musicale singulière. Deux femmes prennent place sur scène, leurs visages eux-mêmes dissimulés sous de la dentelle. Une voix s’élève alors, mélodieuse et puissante, enveloppant la salle d’une atmosphère presque mystique. Le public accueille silencieusement cette interprétation de « the knowing », comme Ulysse se laissant subjuguer par le chant des sirènes.

Cette métaphore aquatique gagne d’autant plus en force lorsque l’on découvre l’instrument joué par Tessina : la mythique « Guitare Sardine », façonnée par un luthier marseillais. Une originalité qui ancre le projet dans une esthétique à la fois rock, aquatique et phocéenne.

A musician performing on stage, holding a sparkling guitar with blue and white lighting effects in the background.

Mais Tessina ne se contente pas de nous bercer dans une musique calme et introspective. Derrière cette apparente douceur se cache une énergie résolument rock, qui se révèle progressivement grâce à une batterie de plus en plus présente et une guitare accordée en « open D » qui confère de la puissance et de la profondeur à chaque note. Par ailleurs, la voix nous rappelle tantôt celle d’Aurora dans tout ce qu’elle a de plus féérique, tantôt celle de Dolores O’Riordan des Cranberries dans ses inflexions légèrement tremblotantes.

Et c’est avec « weeping willow » que le concert atteint véritablement son climax. Le morceau s’expose dans une relative douceur, qui n’est que le début d’une montée en tension : à mi-parcours, les instruments alternent entre moments d’accalmie et de rébellion, tels des vagues venant successivement se retirer puis frapper la scène. Jusqu’à l’explosion finale, accompagnées de flashs de lumière vive qui libèrent toute l’énergie accumulée. La satisfaction du public éclate également, par des cris et des applaudissements qui se prolongent bien après les dernières notes. Amusée et émue, la chanteuse finit par lancer : « Si vous applaudissez trop fort, on ne pourra pas faire de la musique ».

Et ce serait bien dommage. Car nous étions venus par curiosité, l’esprit vierge de toute attente, et nous repartons avec l’intime conviction d’avoir découvert un univers dont nous nous lasserons pas tout de suite… Avec le plaisir d’y replonger lors du MaMa Music & Convention !

Nos autres découvertes

Léonie Barbot

Premier jour de festival, deuxième concert de la soirée, et les vaillants qui ont su braver la chaleur et leur dure journée de labeur se rassemblent dans l’enceinte de la Fourmi, la petite soeur de la Cigale. Sur les coups de 20h35, Léonie Barbot prend place devant un ordinateur et un synthétiseur, avant d’apprécier à voix haute l’ambiance intimiste de la salle : « On est en petit comité, j’aime trop ».

Quelques clics sur l’ordinateur suffisent pour qu’une piste minimale et électronique résonne dans la pièce, sur laquelle se superpose la voix angélique de Léonie : « At least we got to love each other », chante-t-elle en guise d’introduction. Une fois les présentations faites, elle nous propose un exercice qu’elle aime bien faire en début de concert afin de réinitialiser le système nerveux. Exercice qui est le bienvenu afin de nous déconnecter des tracas du quotidien et pouvoir apprécier pleinement les découvertes musicales qui nous attendent ce soir. Nous voilà alors les bras en l’air, comptant nos inspirations et nos expirations, enfin prêts à inaugurer ce festival comme il se doit.

A musician performing on stage with a microphone, surrounded by musical instruments and amplifiers, lit by red stage lights.

La jeune artiste navigue sans effort entre R&B, pop et musique électronique, à l’instar d’une AlunaGeorge dont les notes aiguës arrivent à percer la densité instrumentale. Une polyvalence que l’on retrouve notamment dans « FREE », où la douceur de sa voix contraste avec une production dont les arrangements nous rappellent Mk.gee.

Une parenthèse agréable qui nous permet de souffler quelques instants avant de replonger dans l’effervescence de Radiance.

LAKNA

Après cette bulle musicale pleine de douceur, l’heure de la fête sonne avec le concert de Lakna. L’artiste suisse confie les premières minutes du concert à son guitariste, qui nous sert un solo rock’n’roll en guise de mise en bouche.

Et lorsque Lakna investit enfin la scène de la Boule Noire, ce n’est pas toute seule : elle est accompagnée de deux jeunes danseuses, et ce trio qui se meut en osmose donne vie au titre « 18-30 ». Très vite, le public se laisse embarquer par l’énergie communicative et chaleureuse de Lakna. Sur « Refresh & Restart », où l’on décèle d’ailleurs un sample de « Passionfruit » de Drake, les spectateurs sautent en rythme, avant de se déhancher sur le single « T Mignon ».

A female singer with curly hair performs passionately on stage, holding a microphone, while a male guitarist plays in the background under dramatic lighting.

Mais ce concert est aussi l’occasion pour Lakna de nous offrir en avant-première des extraits de son prochain album, Kiwi avec la peau, prévu pour le 23 octobre. On découvre la face vulnérable de l’artiste avec « Glaçon », où elle s’attriste face aux murs qui se sont érigés autour de son coeur, tandis que la rage s’exprime à travers « SHUT UP ». Un titre dans lequel elle canalise en musique toutes les fois où elle a voulu dire aux gens… de se taire (pour le dire poliment). Une mosaïque qui incarne parfaitement la démarche de Lakna derrière Kiwi avec la peau : celle de se montrer toute entière, même avec les parties qu’on nous apprend à peler.

Et après un concert aussi généreux, difficile de ne pas avoir envie de voir ce que Lakna nous réserve pour la suite. Il faudra donc patienter jusqu’en octobre pour découvrir Kiwi avec la peau dans son intégralité… mais la mise en bouche, elle, nous a déjà donné faim.

Mentions spéciales

Et parce que le festival Radiance a pour but de nous présenter des univers qui méritent qu’on y prête une oreille attentive, impossible de ne pas mentionner quelques autres découvertes qui ont retenu notre attention. Du shoegaze atmosphérique d’April’s Fish, au rap de Lacol qui alterne entre kicks incisifs et toplines mélodieuses, en passant par les harmonies hypnotiques d’Amaïa Li, les propositions sont aussi variées qu’uniques.

De quoi rappeler la pertinence d’un festival comme Radiance : c’est dans les errances que l’on trouve parfois un chemin hors des sentiers battus, qui nous amènent à une destination que nous n’aurions jamais envisagée, mais ô combien satisfaisante. À l’année prochaine !