De passage à paris pour une journée promo après leur prestation de la veille au Bis à Nantes, Mike, l’un des fondateurs du groupe Québécois Clay and Friends a bien voulu répondre à nos questions autour de leur nouveau projet « Grouillades », disponible depuis ce 31 janvier 2020.

Ils étaient l’un des invités d’honneur de la 3ème édition de la soirée de rencontres entre artistes canadiens et français intitulée Côte à Côte, qui se tenait à la Cité des congrès de Nantes le 22 janvier dernier, dans le cadre du Bis (Biennales Internationales du Spectacle) Festival.

Eux ce sont les troublions de Clay and Friends en provenance de Montréal que nous avons découvert à travers leur précédent EP « La Musica Popular de Verdun » et qui cartonnent actuellement un peu partout. La formation sort ce 31 janvier son nouvel EP intitulé « Grouillades », dont les singles « Gainsbourg » et « Roméo », accompagnés chacun d’un clip, ont déjà été dévoilé au public.

Clay and Friends.
Clay and Friends.

Nous sommes allés à la rencontre de Mike Clay, l’un des fondateurs pour ne pas dire le fondateur, de passage à paris la semaine dernière pour une journée promo avant la sortie de leur nouveau projet. Un nouveau projet que les fans sont pressés de découvrir vu les dates de concerts déjà annoncés sold out au Québec et à Montréal pour le lancement de « Grouillades ».

Le Mike de Clays And Friends nous parle « Grouillades »

Clay and Friends. ©: Felix Renaud-Felipe Arriagada Nunez
Clay and Friends. ©: Felix Renaud-Felipe Arriagada Nunez

Le Bis c’était votre première venue en France ?

Mike Clay : Ce n’est pas la première fois, on a fait deux tournées en 2016, 2017, j’avais envoyé plus de mil courriers et une personne avait répondu. On a fini par faire plus d’une trentaine de dates en 25 jours, plus qu’une date par jour. On était 6 dans une voiture à 5 places, c’était vraiment le bordel. Mais cette fois-ci c’est notre première vitrine en Europe, maintenant on a un tourneur, de la distribution, on a des Rp, on a une équipe sur le terrain. On a une tournée qui pointe son nez en mars avec une dizaine de dates. J’espère que le Bos nous ouvrira plein de portes.

Alors cette première sur le sol Français vous en gardez bon souvenir ?

Mike Clay : C’était très bien. Je vais t’avouer que c’était des places assises, ce n’est vraiment pas notre format préféré, on aime faire sauter, danser des personnes. Je pense que malgré tout ça marché, certains ont moins accrochés mais d’autres étaient enthousiastes. La seule chose que je n’aime pas c’est l’indifférence, je ne l’ai pas ressenti ce soir-là. Les gens applaudissaient, ils réagissaient aux blagues et à la musique, c’était cool. On a passé une semaine avec des coach à revoir notre scénographie après mille spectacles en 4 ans, c’est difficile des fois de remettre ces choses-là en perspective. Ça nous a vraiment permis de remettre les choses en place.

Parle nous un peu de la naissance de Clay & Friends 

Mike Clay : Ça s’est formé tout seul. Je faisais mon premier show seul sur scène avec une guitare et Adèl était dans l’art public avec les ou billes bien dilatées qui me regarde et demande « est-ce que je peux monter sur scène ? ». Je n’avais jamais rencontré cet être humain, j’ai dit « non » et lui « ok ». Il est monté sur scène, il a pris le microphone et commencé à faire du jukebox, moi j’ai continué à jouer et rapper. Ça a fonctionné, on s’est rappelé la journée d’après et on a commencé le projet.

Les autres sont arrivés après ?

Mike Clay : Adel avait pop à la guitare, qui est un peu notre chef d’orchestre, je connaissais deux accords à la guitare, avoir quelqu’un qui en connaît plusieurs centaines c’était quand même essentiel. Et Toby à la basse et Alvaro au clavier.

D’où vient le terme Grouillades ?

Visuel du nouvel EP "Grouillades" de Clay and Friends.
Visuel du nouvel EP « Grouillades » de Clay and Friends.

Mike Clay : Ça vient du patoi haïtien, c’est un terme qui désigne le laisser aller complet. Moi dans ma vie que ce soit en lisant un livre, en écoutant un disque ou en m’achetant un billet d’avion, je suis dans une quête permanente de vivre sur le moment et de me laisser aller. Si tu prends le mot au premier sens, ça veut dire grouiller avec quelqu’un d’autre et là-dedans il y a une proximité, de l’amour, tu as presque plus d’amour avec cet inconnu qu’avec des personnes qui sont proches de toi. Ma vie pour l’instant est une quête de ces moments là, une quête éternelle j’espère, parce que ces moments deviennent un peu des forts où je peux me référer quand j’écris, ils me font sans cesser envie à la fin de la journée

Les titres de vos singles sont composés essentiellement de noms ou prénoms

Mike Clay : Ça vient de la culture du hip-hop, je pense qu’on est tous nous même, à travers notre musique on joue, on emmène tous notre sauce, mais ces surnoms nous donnent un pouvoir et une plage dans la Musica Popular de Verdun.

Vous avez fait un triomphe avec La Musica Popular de Verdun, tu peux nous expliquer ce que c’est et comment vous en êtes arrivés là ?

Mike Clay : C’est une ode à la Musica Popular du Brésil qui était un mouvement dans les années 60 70 au Brésil. C’était une émission et le peuple pouvait voter pour son artiste préfère, il y’avait tout sorte de format de la pop, du jazz, du funk, des trucs orchestraux et ça finissait par être un palmarès de ce que le peuple voulait.

La Musica Popular de Verdun, c’est notre version, un palmarès de ce que nous consommons et c’est important pour moi, car j’aspire à faire partie de l’héritage culturel francophone au Québec, de faire ce best-off et d’exister potentiellement par ça, c’est un de mes rêves. Je pense que ça nous définit, nous sommes des rêveurs, la seule personne qui a encore les pieds sur terre c’est Pop’s à la guitare, c’est pourquoi on l’appel e chef d’orchestre, c’’st vraiment lui qui tire les rênes et nous garde sur place.

Est-ce que Roméo cherche toujours le Self-love ?

Mike Clay : Je pense que c’est un peu le calvaire de la vie. J’ai justement parlé avec d’autres artistes, puisque c’est une vie remplie de haut et de bas. Des beaux moments où tu joues dans un festival devant 5000 et vingt minutes après tu es tout seul dans ta chambre et puis le lendemain matin tu es dans une autre ville. C’est des moments où il y’a peu de sommeil, beaucoup de consommation, beaucoup de personnes qui paraissent gentils avec toi pour toutes sortes de raison, moi ça m’emmène souvent à me remettre en question.

Qu’est-ce que je fais, qu’est ce qui me garde debout ? c’est le fait que je suis authentique, tout ce que je pose en musique, depuis La Musica Popular de Verdun est un reflet de qui je suis et je pense que si je continue à faire ça je vais attirer des personnes qui répondent aux mêmes standards et c’est important pour moi. Mais Self-love ? je ne sais pas si j’aurai le temps d’en trouver un jour, mais je suis sur la bonne voie et je travaille là-dessus.

le clip officiel de « Roméo », disponible depuis le 27 janvier 2020

Comment se passe la composition dans le groupe ?

Mike Clay : Dans le fond il y a deux chemins empruntés, mais celui qu’on emprunte le plus souvent c’est de composer en live. Je vais voir quelqu’un dans la foule je lui dis, « toi, donne-moi un mot » je vais voir un autre « toi donne-moi un style de musique », puis je retourne sur scène et on invente un truc. 50% du temps ça donne un beau moment d’intro, de spontanéité qui est unique à cette soirée là et l’autre 50% ça provint du disque. Parce qu’il y a une vague, une spontanéité sur scène qui est difficile de reproduire en studio.

Ça je dirai que c’est le premier chemin, l’autre chemin c’est moi qui arrive avec une idée, un flow, une cadence et on crée à partir de ça. Mais personnellement je pense que les meilleures recettes sont ceux qui sont fait en live, parce qu’on ne se pose aucune question. Je fais bien mon boulot quand je n’y pense pas et que ça vient naturellement.

Les débuts ont été difficiles ?

Mike Clay : On a fait un premier projet avec une maison de disque ça s’est très mal passé, on avait des personnes en vaste cravate qui nous dirigeaient et ça donnait quelque chose de diluer qui n’était pas propre à nous. Mais dès le moment ou ion a commencé à être représentatif de ce qu’on faisait à cinq, je pense que naturellement on a trouvé les sons qui nous étaient propres. Le gros défi pour moi c’est de faire de la musique en français qui groove, quelque chose de vivant. Il n’y a pas beaucoup de références francophones dans le domaine.

J’aimerais faire de la musique qui rende les gens heureux, qu’ils puissent danser, oublier leurs problèmes, tout en ayant des textes qui ont un fond. Est-ce que c’est la barrière de langue ? je continue à me battre avec ça en tant que montréalais, moitié francophone, moitié anglophone.

Entre l’anglais et le Français vous n’avez pas voulu faire de choix ?

Mike Clay : Je ne me suis jamais posé la question, je n’ai jamais eu cette discussion et je ne vais jamais l’avoir, ça vient de ce que je consomme. Après le succès de La Musica Popular de Verdun, j’ai commencé à essayer de trouver de la nouvelle musique en français parce que je n’ai pas grandi avec la musique française. C’est là que j’ai découvert Gainsbourg, Léo ferré… l’héritage francophone est immense ? je lisais en français, je regardais des films en français, c’est pourquoi l’EP est en français. C’est moi qui digère ces choses-là et les faire ressortir. Ce n’est pas un challenge, je suis tellement content de pouvoir faire les deux et que ça soit authentique.

Est-ce que les choses ont changé dans ta cité depuis ?

Mike Clay : Beaucoup de choses ont changé, surtout dans la dernière année. Ça fait trois ans qu’on travaille beaucoup, avec la musica popular de Verdun beaucoup de portes ce sont ouvertes, on gangne bien nos vies avec de la musique actuellement. En plus je suis ici paris avec vous, quelque part j’ai pu sortir de mon coin. C’est un peu le message qu’on essaie de faire passer en live, je fais ce que j’aime le plus dans la vie et ça transparait sur scène, sur mes disques, je suis avec mes deux meilleurs amis sur scène on vit notre rêve. Si quelqu’un peut sortir du concert et puis aller l’appliquer à sa vie.

Clip officiel « Dans ma cité »

Est-ce qu’il existe des groupes comme vous ?

Mike Clay : Tu sais quoi ? C’est la première fois qu’on me pose cette question et je ne peux pas te citer un groupe qui fait pareil, parce exemple dans le rap québécois il y a ce qu’on appelle le Fran-anglais, tandis que dans notre univers c’est plus anglais ou français. Je pense que ça vient du fait que c’est très rare que je parle en francanglais, il m’arrive de parler ou en français ou en anglais avec la sauce montréalaise.

C’est fou je ne peux vraiment pas te nommer un groupe que je connais, ça pourrait un peu expliquer les groupes de rap québécois qui viennent ici pour qui ça ne se passe pas toujours bien et puis je pense que l’accent y est pour beaucoup.

Quelle ont été tes influences musicales ?

Mike Clay : Mon père est anglophone et ma mère francophone, m’a menée n’est pa d’une fanatique de musique alors que mon père c’est le contraire il écoute énormément de Jazz. Il n’y avait pas une grande importance à la culture francophone chez moi, c’est fou parce que je parlais avec quelqu’un tout à l’heure et il me disait que c’est fou que je ne connaisse pas Gainsbourg. C’est incroyable parce j’ai tout cet héritage culturel dans lequel je peux me ressourcer, ça me permet de visiter.

Vous revenez bientôt pour une nouvelle tournée

Mike Clay : On revient en France en mars, ça sera notre première tournée officielle sur le territoire avec une date à paris le 9 mars j’ai très hâte. Je pense que pour l’instant on a une dizaine de dates en France et une à Genève, on joue à Marseille, Lyon… c’est incroyable, ça a toujours été mon rêve de traverser l’océan et de tourner dans de belles conditions pareilles.

C’est difficile de percer en tant que canadien au Canada ?

Mike Clay : Je pense que la phrase « nul autre n’est prophète chez soi » c’est assez vrai. Je pense aussi que dans le milieu de la musique notre parcours a été un peu Old School, dans le sens ou on s’est connaitre en faisant énormément de spectacles, ce n’est pas un clip viral qui nous a fait connaitre, je pense que ça transparait sur scène quand on joue en live. Je pense que c’est plus que de moyens.

C’est quoi la suite ?

Mike Clay : On a déjà une vingtaine de chansons enregistrée, l’idée c’est plutôt de faire un tout cohésif. Avec La Musica Popular de Verdun et Grouillades ça s’est fait naturellement, c’est une face B et une face A, on ne s’est jamais posé la question. Tandis que là c’est un ramassis de chansons. Il n’y aurait rien de pire que d’avoir deux EP qui séduisent et un album qui se casse la gueule.

Comment se passe la tournée, c’est tous les 5 dans le combi ?

Mike Clay : ca a déjà été ça mais je dois t’avouer que honnêtement, depuis La Musica Popular de Verdun nos conditions se sont améliorées de manière phénoménale. Avant on faisait des petites scènes dans des festivals, maintenant nous sommes sur des MainStages au Canada. On a une agence, on a des cachets et de savonnes conditions de vie. Il y a 4 5 ans c’était difficile, on dormait sur le divan, on n’avait pas suffisamment à manger. Il fallait vivre cette expérience pour savoir ce que c’est. Je serai éternellement reconnaissant (il se tape la poitrine ), je suis prêt à recommencer s’il le faut. On fait des grosses salles, mais aussi des petites en première partie. C’est mon rêve, c’est pour ça que je travaille.

Je pense quand on rebondir en France on va peut-être partir en Belgique, Suisse ou en Allemagne. À la place de sillonner des routes et de faire 30 dates en 30 jours, ça va être des dates plus spécifiques, dans des villes où on sait qu’on a déjà une histoire. On va tout le temps avoir du travail à faire, mais je pense que les conditions vont être meilleures. J’ai envie de jouer au Japon, c’est mon rêve et je sais que sache que pays que je réussis à conquérir est une étape qui me rapproche de plus en plus de ce rêve. Juste avec une chanson, on a ouvert tellement de portes que la seule chose qu’on peut faire en ce moment c’est continuer à faire de la musique et être créatif. Je le répète, continuer à jouer en live car c’est là qu’on est vraiment bon.

Are you happy now ?

Mike Clay : je suis le plus heureux du monde, je l’ai même dit sur scène à Nantes « peut être vous le prenez pour acquis dans la salle, mais je viens de prendre un avion, je suis dans d’une ville où je ne connais personne et je joue devant une salle comble ». This is my dream, right here right now.

Il y avait une centaine de personne qui n’était pas des diffuseurs des professionnels, qui sont venus voir notre spectacle. C’est incroyable, ce n’est pas mon pays ici, tu vois ce que je veux dire ? C’est une chance incroyable, je suis vraiment chanceux d’être entouré de mes potes et de ne pas être à Nantes tout seul et que tous les trois on puisse vivre suces moments ensemble. Tu sais que être artiste c’est des hauts et des bas, tu joues dans une immense salle et après tu es tout seul.

Ça ne te fait pas peur ?

Mike Clay : je crois que tu as utilisé le bon mot « conscience », le faire dans l’inconscience ne prévient pas, mais au moins donne un pas d’avance sur le tout. Être conscient que c’est en train d’arriver, c’est un cycle, d’en être conscient ça permet de mieux vivre, être bien entouré aussi et de continuer à faire ce qui me rend content.

Il y a eu trois ans de travail pour qu’on ait un projet qui fonctionne et puis le fait d’avoir quelque chose qui fonctionne c’est la meilleure récompense de tous les temps, c’est juste une motivation de plus à continuer à travailler et de continuer à m’acharner. Je n’ai pas l’intention de m’arrêter de sitôt.

Plus d’infos

Le nouvel EP « Grouillades » de Clay And Friends sera disponible ce vendredi 31 janvier 2020

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